Pax & Concordia : société

Portrait de trois jeunes femmes cadre au CIARA

Société
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Le CIARA est une association d’appui aux jeunes algériens pour entrer dans le monde du travail dont l’activité se conjugue de deux façons :

  • des formations techniques courtes (3 semaines) dans les spécialités: soudure, automatisme, électricité bâtiment et industrielle, mécanique, plomberie, régulation, photovoltaïque et hydraulique, destinées à des jeunes de niveaux scolaires différents allant du primaire à l’universitaire
  • un programme d’appui à l’insertion des jeunes diplômés de l’université, de trois mois, dénommé « stage de communication », pour aider ces jeunes à mieux communiquer et à définir leur projet professionnel.

Les trois jeunes femmes dont on va dresser le portrait font actuellement partie du personnel d’encadrement du CIARA, après y avoir d’abord été stagiaire dans un des programmes de formation.

AMINA

Quand vous entrez dans cette immense bâtisse qui abrite le CIARA, vous êtes accueillis par Amina. Svelte, élégante et enjouée, elle est toujours prête à échanger avec tous ceux, très nombreux, qui s’arrêtent dans son bureau, et ce malgré les nombreuses tâches qu’elle assume comme coordinatrice des études du programme d’appui à l’insertion des jeunes diplômés.

Licenciée en journalisme en 2013, elle suit au CIARA le stage de communication dès la rentrée 2013 – sa sœur ainée qui avait fait le stage avant elle l’avait fermement encouragée à le suivre- et dès la fin du stage, en décembre 2013, est recrutée comme chargée de communication au CIARA. Il faut dire que son stage l’avait passionnée et que la proposition de rester au CIARA l’enchantait. Six mois après elle accepte le poste de coordinatrice des études.

Ses tâches à ce poste sont multiples :

  • elle est chargée de la communication externe destinée à faire connaitre le CIARA auprès des étudiants ; elle conçoit flyers et affiches, participe aux foires, contacte les universités…
  • elle assure l’inscription des nouveaux stagiaires, leur fait passer le test de français, les premiers entretiens,
  • elle établit avec les formateurs l’emploi du temps, relève les retards et absences
  • elle assure l’accueil
  • elle organise les évènements : fêtes annuelle des anciens, sorties culturelles ou touristiques avec les stagiaires de chaque promotion
  • elle anime la page facebook du CIARA
  • depuis 2015 où elle a reçu une formation au programme « Passeport pour la réussite », elle anime un atelier hebdomadaire auprès des stagiaires sur les thèmes « gestion des conflits » , «rédaction du CV », « gestion du temps »…
  • enfin elle gère les imprévus

Elle aime ce qu’elle fait, elle se sent utile, elle apprécie l’objectif de l’association, les relations chaleureuses avec les formateurs, l’ambiance de travail. Elle apprécie l’autonomie dont elle bénéficie mais aussi l’appui qu’elle reçoit quand elle le demande. Son travail est valorisé.

Souvent ses parents lui reprochent de rester dans une association au lieu de trouver ‘un vrai travail’. Il est vrai que ses deux parents travaillent : son père est intendant dans un lycée d’Alger et sa mère employée au Trésor, sa sœur aînée aussi travaille comme auditeur comptable et ses deux jeunes frères sont étudiants et collégien. Mais elle, elle se sent à l’aise au CIARA ; elle trouve son travail épanouissant ; «  Quand je vois les jeunes progresser tant au plan de leur personnalité que de leur manière de s’exprimer, j’en retire une satisfaction personnelle. Cela n’a pas de prix » dit-elle.

Ses relations avec les stagiaires sont très bonnes : quand elle s’absente même une demie -journée ils se plaignent et lui disent que la journée est sans couleur.

Elle qui aime le contact, elle est servie au CIARA : elle y rencontre des gens variés, des formateurs d’univers différents. « Cela m’a ouvert l’esprit dit-elle. J’ai beaucoup grandi au CIARA ; aujourd’hui je suis devenue tolérante, j’ai appris à faire la part des choses ».

« Le CIARA m’a ensorcelée, je ne peux plus le quitter ». Et puis quelquefois, dit-elle un peu gênée, je me pose cette question : qui trouver qui saurait me remplacer ? Elle a raison, elle est irremplaçable !

SOUHILA

Discrète, toute menue, les cheveux bruns bouclés noués en queue de cheval laissant échapper des mèches, Souhila enseigne depuis 2012 l’électricité au CIARA.

Elle est la quatrième d’une fratrie de six enfants qui, tous ont poursuivi des études universitaires. Ses parents pour leur part n’avaient pas eu cette chance: sa mère, qui voulait être enseignante, a dû abandonner ses études en 6èmeannée, car son propre père était malade ; son père est peu lettré, mais curieux de tout ; il a beaucoup encouragé ses enfants –les quatre aînées sont des filles– à faire des études poussées.

Souhila obtient en 2010 son diplôme d’Ingénieur en automatique à l’Université de Tizi-Ouzou, après un stage pratique dans une usine de production de fromages à Tighzirt. Rentrée chez elle à Azazga elle trouve des emplois sans rapport avec son diplôme. Au bout de deux ans, à la recherche d’un travail ou d’une formation, elle prend contact avec une amie. Cette dernière a entendu parler du CIARA et elles décident de s’y inscrire. Leur objectif est de suivre le stage pratique d’électronique et électrotechnique que dispensait à ce moment-là monsieur Ravi – un personnage hors du commun- dont la réputation attirait beaucoup d’ingénieurs à l’association –, mais la direction du CIARA oblige Souhila à commencer par le stage de communication, ce qui la contrarie d’autant plus que son amie est admise au stage pratique… finalement elle ne regrette pas, mais ce fut dur. Elle a pourtant beaucoup aimé le séminaire de connaissance de l’entreprise mené par Philippe Passerat, a appris à s’exprimer avec Gidda et a été très impressionnée par la personnalité et le parcours de Claire qui avait quitté son poste à la DRH chez Danone en France, pour assurer pour deux ans la direction des études au CIARA.

Pourquoi être restée au CIARA après ces stages ? Ce qui m’a retenue, dit Souhila, c’est l’objectif de l’association d’aider les jeunes. Aujourd’hui elle anime des stages de différents niveaux, comportant en moyenne une douzaine de stagiaires : quelques-uns pour des ingénieurs en électricité industrielle ou en automatisme, d’autres en direction de jeunes sans niveau en électricité domestique. Avec le temps dit-elle j’ai appris à transmettre ses connaissances. Il faut la voir, toute gracile au milieu de ses stagiaires, dont certains font deux fois sa taille, et d’impressionnantes armoires électriques, mener son stage sans élever la voix, avec une autorité incontestée. Elle dit cette satisfaction de réussir à gagner la confiance des stagiaires et de voir leur changement au bout de 15 jours. Mais ce qu’elle aime le plus c’est quand ils reviennent lui annoncer qu’ils ont trouvé du travail et surtout quand ils obtiennent un bon poste.

 LEILA

Cela fait 15 ans que Leila connait le CIARA, 12 ans qu’elle y vit et 10 ans qu’elle y occupe un poste de formatrice. Elle a aujourd’hui 37 ans. Mais quelle est son histoire ?

Née dans un petit village de haute montagne dans le Djurdjura en Grande Kabylie, Leila est l’ainée d’une famille de six enfants. Son père a un diplôme de technicien supérieur en électricité obtenu pendant la période de sept années où il s’était engagé dans l’armée avant de rejoindre la vie civile et c’est probablement ce qui a incité Leila à s’orienter vers l’électronique après son bac. Elle est étudiante en 3ème année à la Faculté de Tizi-Ouzou quand elle entend parler, par des sœurs de passage dans son village, d’une association, le CIARA qui, lui dit-on, trouve du travail à de jeunes diplômés. L’information sur les objectifs de l’association est inexacte, mais la jeune fille la retient, et son diplôme d’ingénieur en poche, elle s’y rend. Elle s’inscrit en janvier 2007 au stage d’électronique de trois mois qu’encadre monsieur Ravi. Son stage au CIARA l’a marquée par tout ce qu’elle a appris en électronique mais aussi par l’ambiance au sein de l’association qu’elle a tout de suite beaucoup aimée.

Comme tous les stagiaires qui viennent de loin, elle est logée au CIARA. Au cours de son stage une entreprise d’emballage de Tipasa la contacte et l’embauche en avril 2007. En attendant de trouver une chambre à louer, elle obtient l’autorisation de continuer de loger au CIARA. Logée quelque temps dans un quartier mal famé de Tipasa, elle doit quitter son logement et retourne au CIARA. Comme elle se rend utile pour divers petites tâches au service de l’association, le directeur lui demande de continuer à y loger. Cette affaire de logement est importante car elle explique comment Leila s’est trouvée très impliquée, avant même d’y travailler, dans le fonctionnement quotidien du CIARA, dont elle devient une des figures incontournables, se liant d’amitié avec les intervenants, surtout les étrangers dont elle participe à l’accueil.

Après deux ans d’expérience professionnelle en entreprise, elle embauche au CIARA. Au début elle seconde monsieur Ravi pour s’occuper des automates que le CIARA vient de recevoir. Elle s’acquitte en plus de différentes tâches dont la charge le directeur. En 2010 elle devient responsable du laboratoire d’automatisme. En 2011, elle monte un atelier industriel destiné aux licenciés en électronique où se fait le câblage des armoires électriques. En 2014, quand Michelin, qui quitte l’Algérie, offre au CIARA son laboratoire de formation, elle ouvre l’atelier d’électricité des systèmes automatisés où elle active encore aujourd’hui. Les programmes de formations sont établis avec l’aide d’ingénieurs retraités, membres d’une association française AGIR, qui regroupe des bénévoles qui offrent leurs services pour des projets tels le CIARA. Et pendant les stages de formations de courte durée (un mois) qu’elle a suivi plusieurs années de suite à l’AFPA, c’est aussi chez un de ces ingénieurs qu’elle a logés en France. Maintenant elle est capable d’ajuster le programme en fonction des stagiaires ou de demandes spécifiques des entreprises. Elle aide aussi à monter les nouveaux programmes de formation en électricité (photovoltaïque et régulation).

Ce qui lui plait au CIARA, c’est la diversité des gens qu’on y rencontre, l’absence de la pression qu’elle a connue dans l’entreprise, l’ambiance familiale et surtout le sentiment de rendre service et le plaisir d’avoir des résultats. Elle se souvient d’avoir eu une année dans un stage d’électricité un réfugié Ivoirien complètement perdu. Au début elle ne savait comment s’y prendre, ensuite ça allait. Deux ans après il est passe la voir, en costume cravate, avec un i-phone dernier cri : il avait trouvé du travail et un bon salaire.

Aujourd’hui elle n’habite plus au CIARA, elle s’est mariée il y a un an avec Ali, le responsable de l’ensemble des formations techniques au CIARA, lui aussi ancien stagiaire. Ils ont un appartement dans la cité qui surplombe le CIARA.

 

Marie France Grangaud