Pax & Concordia : société

L'apprentissage par le jeu

Société
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Des cours supplémentaires de français, c’est ce que beaucoup de parents en Algérie recherchent pour leurs enfants, de manière à ce qu’ils réussissent leur parcours scolaire. Pourtant Muriel, qui trouvent que ces enfants manquent de loisirs et d’espaces de jeux, va proposer une autre approche de l’apprentissage de la langue : le jeu.

Qui est Muriel ?

Je la rencontre à son retour d’un voyage à Djanet, le troisième depuis son arrivée en Algérie en 2015.. Elle n’avait jamais quitté son pays natal, la Belgique, quand son mari accepte un poste de coopération à Alger dans le domaine de l’écologie. Licenciée en langue et littérature romaine, elle était enseignante de français, fonction qu’elle combinait avec celle de mère de famille.

Ses premiers contacts avec la réalité algérienne

A son arrivée à Alger elle apprend que les sœurs blanches des Palmiers recherchent un enseignant de français : elles ont transféré leur bibliothèque de prêt au CCU et organisent des activités au niveau du quartier. Muriel s’engage. Outre ces cours aux enfants du quartier des Palmiers, elle activera au CCU pour donner des cours de conversation, animer un atelier d’écriture et accompagner la rédaction de mémoire de fin d’études universitaires. Elle assurera aussi des cours de français professionnel au CIARA. Ces tâches lui font découvrir la société algérienne et aussi la communauté jésuite au sein de laquelle elle est comme en famille. Mais le travail de son mari l’amène à Oran où elle le suit.

L’expérience oranaise : la pédagogie par le jeu

Là encore, des cours de soutien de français sont donnés au niveau de la maison diocésaine. Mais son expérience algéroise lui avait permis de voir les limites de ces cours, envisagés comme une répétition du contenu et de la pédagogie de l’école, et surtout de sentir le besoin de loisirs des enfants déjà soumis à un programme scolaire très chargé. Elle propose d’ouvrir une ludothèque et de faire progresser les enfants en les faisant jouer.

Les moyens : Ses premiers jouets sont des cubes et autre tombées de bois récupéré chez un menuisier auxquels elle ajoute des figurines de plastique, du papier crépon…; avec ça les enfantes inventent et jouent des histoires. Par la suite elle fait appel à des dons de son ancienne école, ou d’autres dons privés en Belgique et reçoit également une subvention de l’ONG Vatelot. Elle acquiert des jeux éducatifs. Elle recherche des jeux « intelligents », qui fassent appel à l’imagination et la créativité de l’enfant. Enfin pour des activités de plein air des vélos sont acquis et un coin de jeu libre (maison de poupée, poupées, dinettes, petites autos et circuits…) est organisé. Heureusement la maison diocésaine d’Oran dispose de beaucoup d’espace : quatre salles dont deux vastes sont dédiées aux activités des enfants.

Les encadreurs : Malgré quelques réticences au début de la part des parents et des intervenants pour qui le jeu manque de sérieux, cette activité se développe. Muriel forme les moniteurs à ce type d’activité ; une section pour la petite enfance est organisée pour les 3-4 ans ; une enseignante de sport propose de donner des cours de yoga un autre de dessin, un autre d’initier les enfants au tennis, un autre de monter une chorale... Actuellement la vingtaine d’animateurs sauf elle et une monitrice subsaharienne, sont algériens, ce qui, s’étonne Muriel, déçoit un peu les parents : ils auraient préféré plus d’européens.

Les activités : Pour les 3-4 ans un mini club fonctionne tous les matins. Les activités y sont variées : jeux, dessins bibliothèque, yoga, jardinage, cuisine, tricot … ; des fiches pédagogiques ont été élaborées.

Pour les 6-14 ans les activités fonctionnent deux après midi par semaine. Les enfants doivent choisir une ou plusieurs activités : dessin, tricot, gymnastique, échec, atelier d’écriture, jeux de plein air, chorale, jeux de société, initiation au tennis, initiation à la lecture (par la méthode α mieux adaptée aux non francophones), cours de français… Chacune dure 1heure et demi. Les parents payent 2000DA par trimestre par activité (sauf quand il s’agit d’enfants handicapés ou de familles démunies)

La bibliothèque est ouverte gratuitement six jours par semaine à tous les enfants inscrits.

Des sorties sont également organisées de temps en temps hors du centre.

Les participants : une centaine de familles ont inscrit leurs enfants à une ou plusieurs activités. Il y a des enfants algériens du quartier, des enfants subsahariens : la moitié des membres du mini club des 3-4 ans sont subsahariens, l’autre moitié algériens, de même que les deux monitrices. Des enfants handicapés d’une association ont rejoint le centre. Par contre celui-ci n’attire pas les enfants aisés qui fréquentent l’école française, même si leur présence serait souhaitée à la chorale. Les plus pauvres fréquentent –ils le centre ? Peut-être pas. Muriel avoue ne pas avoir de connaissance suffisante de la société algérienne pour cerner cet aspect.

La pédagogie : c’est là le souci premier de cette expérience ; elle tient en quelques phrases. Les activités proposées ont pour objectifs de :

  • Apprendre la langue en jouant
  • Laisser place à l’imagination au lieu d’imiter et de répéter
  • Apprendre à respecter les règles du jeu
  • Apprendre à faire des choix et à s’y tenir : aller au bout de ses engagements
  • Augmenter l’autonomie des enfants, en faire des acteurs

Quel bilan pour Muriel ?

Au plan personnel cette expérience a permis à Muriel de découvrir la gestion des ressources humaines avec des personnes de culture différentes de la sienne. Il lui a fallu rester rigoureuse et juste tout en étant souple ; elle a du s’assouplir, accepter de lâcher prise. Elle a également appris à gérer et ça lui a plu.

Elle a aimé la spontanéité des enfants une fois qu’ils vous connaissent ; les relations de confiance avec les parents ; elle se réjouit de ce que les liens entre les tout petits ne s’embarrassent pas le moins du monde des questions de race et de couleur.

Par ailleurs, et Muriel qui s’avoue peu pratiquante trouve cela étonnant, elle s’est fait beaucoup d’amis prêtres et religieux ; elle s’émerveille de leur très grande ouverture d’esprit comme aussi de leur culture et de leur connaissance du pays.

Marie-France Grangaud