Travailler la terre, travailler ma terre, travailler mon humanité

Société
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Tous réunis autour d’une table, l’ambiance chaleureuse et silencieuse de la maison Ben Smen nous baigna rapidement de paix et de relaxation.

Notre formatrice dont le visage rayonne naturellement, nous questionna d’abord sur le sens de la terre pour chacun de nous ; certains ont pensé à la force, la stabilité, l’être humain, la planète terre ou la terre nourricière, d’autres ont pensé à la nature, aux arbres ou à l’odeur de la terre mouillée quand il pleut. Puis, c’est avec les yeux fermés qu’on a commencé à pétrir un bout d’argile humide avec nos doigts, afin de ressentir la matière ; ressentir l’argile qui sèche petit à petit pour devenir plus rigide et difficile à manier, ce qui nous poussa tout de suite à apprendre comment l’humidifier doucement et à petite dose à l’aide d’une éponge. Afin de ne pas échapper à la tradition, nous nous lançâmes dans l’exercice du façonnage d’un pot, à la fin, les œuvres se ressemblent mais restent différentes, certaines sont allongées vers le haut, d’autres plus trapues, avec des bases plus larges ou plus fines, chacun selon sa technique, les participants étaient contents de voir le résultat de la petite boule d’argile qu’ils avaient entre les mains.

Enfin, sœur Odile lança un dernier exercice qui a surpris plus d’un, en plus de travailler la terre qu’on avait sous les mains, elle nous demanda de traduire par des formes et des volumes, nos sentiments actuels, nos profonds désirs, nos qualités, pour résumer, il fallait expérimenter le travail de notre terre intérieure et la formaliser.

Les participants se dispersent, dans la salle ou dans le jardin, sous un arbre ou sur une table, dans l’ombre ou sous le soleil, en mouvement ou immobiles, chacun se positionne pour réfléchir, méditer, écrire, dessiner mais surtout sculpter le fruit de ses pensées les plus profondes.

« J’ai sculpté une couronne, j’ai pensé à tous ces gens bons et bienveillants qui se placeront devant Dieu et que par un geste de gratitude et de récompense, il posera sur leurs têtes des couronnes »

« Sans réfléchir, j’ai sculpté le tajine de mon enfance, celui ou ma grand-mère cuisait le pain, en fin de compte c’est une personne qui compte beaucoup à mes yeux et en ce moment où elle est très malade, je lui consacre beaucoup de temps, mon subconscient m’a devancé »

« Étant sous les arbres, j’ai vu toutes ces feuilles tomber, finalement l’humain est comme une feuille, un jour elle est verte belle et jeune, puis à la fin de sa vie, elle vieillit et tombe sur le sol, elle retourne à la terre, j’ai pensé à tous ces humains qui partent, j’adore les arbres, je les trouve forts, insaisissables, ils naissent et meurent dans la même terre, à l’image de l’humain »

« J’ai voulu traduire l’amour, sous sa forme la plus pure, car je pense que l’amour est essentiel pour ressentir le bonheur, ressentir la vie finalement, je l’ai donc matérialisé en sculptant un couple qui s’enlace et s’embrasse »

« J’ai pensé à cet humain qui donne de soi-même, qui s’engage, qui aime aider, j’ai donc sculpté une main tendue et ouverte, une main qui n’hésite pas à donner, à soutenir pour guider et ne pas tomber »

Le bonheur dépassait le fait de passer une journée à manier l’argile, ou à apprendre à sculpter, mais se voir les uns les autres et se comprendre, ayant travaillé ensemble la même matière dont on est fait nous-mêmes, a fait que nous pouvons exprimer nos valeurs, nos caractères, nos trésors et nos démons, enfin notre humanité commune et partagée.

Wardia H

Source Rencontres Décembre 2017