Une aventure en famille

Société
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Ma venue en Algérie s’est faite sans vraiment de préparation et c’est sur un coup de tête que je me suis associé au voyage de mon frère Jean-Marie, en compagnie de nos cousins Yves et Bertrand. Notre projet fut rapidement de passer trois semaines en Algérie dont quelques jours entre Oran et Tiaret après avoir pris contact avec les institutions chrétiennes que mes trois compères connaissaient déjà.

C’est donc sans beaucoup de préparation que je suis arrivé à Oran et ma première impression en ville a été de prendre conscience de ce qu’avait pu être ce pays pour les Français qui y avaient vécu avant l’indépendance. Savoir et voir, ce n’est pas la même chose ! L’empreinte physique sur la ville est restée si prégnante que parfois, avec un petit effort pour balayer les effets du temps, j’aurais pu me croire à Paris, à Bordeaux, à Nice et ailleurs encore. Sans les avoir vues, j’imagine qu’il en est de même dans toutes les villes importantes du pays.

Mais j’étais bien en Algérie et ma deuxième impression a été de constater la gentillesse des Algériens à notre égard. Les Français viennent peu ici et ils ont bien tort car j’ai le sentiment que nulle part ailleurs ils sont aussi bien reçus. Des sourires à chaque coin de rue, partout des gens qui ne nous ont jamais vus et ne nous reverront jamais nous demandent de nos nouvelles, comment nous allons, d’où nous venons. Ils sont tout simplement joyeux de nous voir chez eux et cette joie est communicative.

Et puis il y a eu l’accueil par les religieux et le personnel du diocèse d’Oran. Je l’ai d’autant plus apprécié que, bien que né dans une famille très chrétienne, je ne suis pas croyant. Peu importe m’a t-il semblé, car tout ici n’est que tolérance, ouverture, curiosité, générosité, bonne humeur, attention à l’autre. Au cours de notre périple nous sommes passés par les mêmes institutions chrétiennes à Tiaret, Ghardaïa et jusque chez les Sœurs d’El Ménia. Toutes et tous ceux qui les habitent et y œuvrent pour les Algériens nous ont reçus avec la même gentillesse et la même disponibilité, nous faisant partager leur connaissance pointue de la vie et de la culture du pays.

Enfin l’« aventure » (restons modestes) de notre voyage était d’aller dans l’extrême sud-est du pays, trois jours dans le Tassili n’Adjer en chameau et six jours de marche et de 4x4 dans la Tadrart, tout cela à partir de Djanet, ce qui mettait des étoiles dans les yeux de tous ceux en Algérie à qui nous parlions de cette destination. Quand j’ai dit à ma compagne Ghislaine que j’allais passer plusieurs jours dans le désert, elle a réagi en se demandant dans quel état mental elle me retrouverait. Maintenant je comprends ce qu’elle avait voulu dire car je sais qu’il me faudra un peu de temps pour m’en remettre. Aller là-bas, y rester plusieurs jours, dormir sous les étoiles après avoir chacun cherché la couche qui lui conviendrait, qui un abri sous la roche, qui le sommet d’une petite dune, qui un replat abrité du vent … laissera une marque sans doute indélébile dans nos vies. Et cela ne serait pas grand-chose sans les Touaregs, personnages étonnants d’élégance, de sagesse, de simplicité et d’harmonie. Nos discussions et nos rires résonnent encore entre les rochers fantasmagoriques qui m’ont inspiré, entre autres, ce petit texte, car je ne sais décrire que par ces simples mots ce que j’ai trop rapidement vécu là-bas et qui m’a enrichi de ce que j’y ai laissé de moi (ce poème est sur la photo de dernière page)

Pour finir, si c’est possible car j’aurais beaucoup à dire sur l’Algérie et son coté foutraque :
Trop de saletés, trop de prisons, trop de fatalité, trop de gâchis … Mais tant de jeunesse, tant de vitalité, tant d’espoirs, tant de possibilités, tant de paysages, tant de culture … Un grand merci à tous ceux grâce à qui j’ai découvert et aime ce pays.

Etienne PHILIPPE
SOURCE LE LIEN DECEMBRE 2017