Pax & Concordia

Imane Aït Oumeziane, la prodige !!!!

Imane Aït Oumeziane

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Connaissez-vous Imane Ait Ouméziane ? C’est une femme très souriante, humble et pleine de courage. A travers cet entretien, je vous laisse découvrir Imane, la première femme algérienne qui a réussi l’ascension au camp de base de l’Everest.

Imane Aït Oumeziane, la prodige !!!!

Imane qui êtes-vous ? Je voudrais commencer par me présenter en tant que jeune algérienne avide de connaissances et de découverte, et pleine d’ambition. Entreprendre des études d’ingénieur était pour moi, indéniablement une voie vers la connaissance. Les années de labeur, de travail et de persévérance m’ont conduit à la place professionnelle que j’occupe à présent, en l’occurrence Directrice dans une entreprise multinationale.
Cela n’est pas seulement dû au fruit du hasard, ce sont des éléments que j’ai provoqués à chaque étape de ma vie, en y prenant conscience ou pas. Mes choix ainsi que ma détermination m’ont mené là où je me trouve aujourd’hui. Je suis fière de là où je suis arrivée, mais je suis persuadée qu’il y a encore beaucoup de choses auxquelles je peux accéder. J’y travaille et j’explore toutes les possibilités qui se présentent à moi.

D’où est venu la passion pour la montagne ? Premièrement, je pense que c’est génétique ????, je dis cela délibérément en rendant hommage à mes ancêtres issues des montagnes de la Kabylie. Trêve de plaisanterie, j’ai découvert mon engouement pour la marche en montagne très jeune avec les habitants de Melbu, petit village dans la wilaya de Bejaia, nous faisions des randonnées dans les merveilleuses montagnes des Babors, cependant, j’étais loin de me douter qu’un jour j’irai explorer les montagnes du monde. Quelques années plus tard, j’ai eu une proposition de rejoindre un groupe de randonnée pour essayer d’atteindre le plus haut sommet du Mont Kilimandjaro, (Peak Uhuru à 5895m). Je n’ai pas hésité une seconde ! Bien entendu, toute forme de bon sens mais surtout de prudence se sont manifestés en moi pour m’en dissuader, pourtant ma condition physique sédentaire, l’absence de matériel et équipement spécialisé, mon manque d’expérience pour ce genre d’expédition ainsi que les préparations financières n’ont réussi à me détourner de la volonté de réaliser ces aventures.

A quel moment, avez-vous pris conscience de ce que vous allez faire face a l’Everest ? Après le Kilimandjaro, d’autres expéditions s’étaient déroulées avec le même groupe, mais je n’y avais pas pris part pour plusieurs raisons, mais dès qu’on m’a parlé du camp de base de l’Everest, j’ai ressenti le même sentiment que pour la première, j’ai dit oui de suite. Cette fois ci, la même voix de la prudence a encore une fois fait surface, avec des appréhensions différentes, plus techniques et pratiques. Je savais mieux !

Quel a été le moment le plus terrifiant de votre aventure ? Juste à quelques mètres du camp de base, éreintée par la longue marche, pressée d’arriver à mon but, je décide de prendre un raccourci ignorant les interdictions incessantes de mon guide me pensant plus maligne que les autres, oui j’avoue il m’arrive d’avoir des idées stupides, donc au bout de mon raccourci je me retrouve face à une crevasse, déséquilibrée et terrifiée de sentir les pierres rouler sous mes pieds à l’infini dans un vide de glace… j’ai eu peur de me retrouver au fond de ce ravin. Je suis revenue sur mes pas, ce qui m’avait agacé en plus de l’extrême fatigue de mon corps, moi qui pensais gagner quelques pas. Comme quoi ! emprunter un raccourci peut vous mener vers un danger.

Que reste-il sur votre liste ? Ma liste est aussi longue que ma vie au fait. Je veux faire toutes les montagnes que je peux. Les plus hautes, les plus connues, les plus belles et celles dont on ne parle pas. Je veux aller de découverte en découverte car chacune a son histoire, sa magie.

Le Népal est connu pour sa spiritualité ? Avez-vous été capable de le ressentir ? Oui effectivement. L’esprit de Bouddha est présent partout au Népal, il l’est à son apogée en montagne, dans chaque village, sur chaque sentier à chaque pas il y a des écritures bouddhistes sur les roches, faisant foi de prières pour celles et ceux qui visitent les montagnes. Il faut préciser que les montagnes revêtent un caractère sacré auprès des autochtones. À travers mes discussions avec notre cher guide Karma, j’ai appris que la philosophie Bouddhiste reposait sur la paix, l’amour et la sérénité entre les êtres vivants. Une harmonie avec la nature, permettant de se distancer du superflu pour se rapprocher de l’essentiel. J’ai été frappé par la présence de ces trais à travers les regards des villageois, une candeur, naïveté et gaité de cœur remarquables.
J’ai assisté à une impressionnante cérémonie religieuse dans le temple de Tengbotché dans la vallée du Khumbu (village natal du sherpa Tensing Norgay, qui fut le premier homme à avoir atteint le sommet de l’Everest avec Edmund Hillary en 1952), perché à plus de 3867m, des déclamations en langue sanscrits suivis de sons émanant de longs cors tibétains, soutenus par des percussions murales. L’atmosphère y était pesante, mystique mais étrangement relaxante.

Étant la première Algérienne à avoir franchi le Kilimanjaro et le camp de base de l’Everest ça fait quoi ? Très bonne question ????. Depuis mon retour à Alger, et jusqu’à ce jour, je reçois de multiples expressions d’admiration, de ma famille, des amis mais également de personnes que je ne connais même pas, ma photo avec le drapeau algérien au niveau du Premier Camp de Base de L’Everest à 5364m, ayant fait le tour des médias sur la toile. Je ne comprenais pas pourquoi je suscitais autant de respect de la part de personnes qui m’étaient inconnues, pour moi c’était un défi strictement personnel, avec une victoire contre moi-même au bout. Seulement voilà, j’ai pris conscience qu’aux yeux des gens, ce défi qui n’était au départ que mien, représentait bien plus qu’une simple ascension, mais un aboutissement auquel beaucoup se sont identifiés. Une femme algérienne, simple, qui ressemble aux autres et que l’on cite comme référence, cela me touche profondément et j’en suis plus que fière.

 


Cet interview a été réalisée par Djamila D.
Source Revue Hayat N° 233, février mars 2018