Voyage en Algérie

Pax & concordia (Regards)
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Paris-Oran: deux heures de vol entre la France et l’Algérie. Le trajet pour relier ces deux mondes si différents me paraît très bref. A l’atterrissage, je suis à la fois heureuse et légèrement inquiète. « Bienvenue en Algérie !» nous dit le douanier en un sourire. Ces mots d’accueil qui font chaud au cœur seront repris spontanément et à maintes reprises. « C’est la première fois en Algérie ? Bienvenue ! Il faudra revenir... ».

 

Ma fille aînée Sophie, mon mari et moi, retrouvons avec émotion notre plus jeune fille Alice, en Algérie depuis six mois. Elle travaille au Centre Pierre-Claverie où nous serons logés. C’est un havre de calme au sein de la ville. Nous faisons connaissance avec les personnes qui y travaillent et nous accueillent avec beaucoup de simplicité et de gentillesse. Merci à tous ! Et plus particulièrement aux sœurs qui nous ont prêté leur voiture pour découvrir les environs d’Oran. A sœur Anne-Thérèse qui a lavé et repassé nos chemises, mieux qu’à la maison ! A Amina, la cuisinière, pour ses bons petits plats. A sœur Julie, la sonneuse de cloche au rire communicatif… Nous sommes rassurés, Alice est entre de bonnes mains !

Au centre, c’est table ouverte. Il y a les membres de la communauté, bien sûr, mais aussi des étudiants et des hôtes de passage. Ainsi, un matin, au petit déjeuner, j’exprimai mon admiration à l’un des conteurs que j’avais écouté la veille à la bibliothèque du centre lors du festival du conte d’Oran : « Je n’ai rien compris, mais c’était très beau ! ». Ce jeune a alors récité pour mon mari et moi un conte traditionnel arabe traduit dans le même temps par son voisin professeur de français. Moment magique ...

Le centre, dirigé avec dynamisme par sœur Maisy, est ouvert sur la ville. Il y a pas mal de passage et Annie à l’accueil oriente les visiteurs vers leurs activités. Des cours de couture et d’art floral, des cours de peinture, d’arabe et de français… Plus spécialement pour les enfants, une ludothèque avec deux classes de jardin d’enfants et un centre aéré. Une bibliothèque, fraîchement repeinte et aménagée qui incite au plaisir de lire avec son salon de lecture et son coin réservé aux petits. Muriel et Alice forment une fine équipe avec plein d’idées à revendre. Et mon mari et moi avons eu le plaisir de travailler avec les enfants en organisant un atelier de conversation française et de jeux de stratégie.
Je me suis recueillie avec émotion sur la tombe de Pierre Claverie. L’histoire de sa vie, son engagement pour le respect dans le dialogue entre les communautés catholiques et musulmanes m’ont touchée.

Nous avons visité Oran guidés par Aziz, membre de l’association « Bel Horizon ». Ce passionné d’architecture nous a transmis son amour pour sa ville si cosmopolite. En témoignent les immeubles haussmanniens aux façades art déco, les bains du quartier juif, les cours intérieures des villas à l’espagnole, le palais du Bey ottoman avec la chambre de la favorite et sa tour de guet sur la ville… Bel Horizon travaille à la valorisation de tous ces trésors. Je leur souhaite courage et réussite car Oran mérite mieux que l’état dans lequel elle est laissée.
Oran c’est aussi la mer. Il faut monter à Santa Cruz pour son panorama magnifique. Le fort espagnol voisine avec l’église française et la mosquée arabe. Il faut aller déjeuner dans un des restaurants de la pêcherie, boire un thé à la menthe sur la placette qui domine la mer et rejoindre par le parc la promenade du Front de mer en surplomb du port.
Nous sommes ensuite partis pour une semaine d’excursion dans le désert. Première étape à Ghardaïa, ville dissimulée au fond de la vallée du M’zab. L’ocre des maisons et des minarets trapézoïdaux tranchent sur le bleu foncé du ciel. « Le parisien », vieux monsieur mais bon pied bon œil, nous guide dans el-Atteuf, une ville de la pentapole mozabite. Les maisons serrées les unes contre les autres semblent faire bloc contre la chaleur. Les femmes, enveloppées dans leurs voiles blancs qui ne laissent apparaître qu’un œil, glissent dans l’ombre fraîche des ruelles. Les enfants munis de balais chassent le sable apporté par le vent du désert. Ici tout est propre et coquet. Parvenus au sommet de la ville dominée par sa mosquée, nous sortons pour redescendre par le cimetière jusqu’au mausolée de Sidi Brahim à la blancheur éblouissante. La lumière et la chaleur nous rattrapent aussitôt. Quel contraste ! Les tombes sont simplement marquées par de petites pierres triangulaires et par un objet propre à chaque famille : théière, fragment de vaisselle, poterie.
Nous nous promenons dans la palmeraie. En ce vendredi après-midi, les familles viennent prendre le frais dans leurs jardins clos de murs en boue séchée. Au travers du dédale des chemins nous parvient le rire clair des enfants, nous croisons des cavaliers à fière allure et apercevons les margelles de vieux puits. La nature est généreuse : des palmiers, des bougainvilliers et la fragrance des fleurs d’oranger. L’atmosphère est calme, paisible. Aïssa notre guide est fier de sa communauté mozabite. Elle a su s’adapter au monde moderne tout en conservant ses valeurs et ses traditions. Ici pas de mendiants car elle protège les plus pauvres par un système de solidarité.

Ensuite, nous traversons le désert jusqu’à el-Menia : 260 km de route rectiligne. Des roches, du vent. Hormis de rares dunes et quelques massifs, c’est tout plat. De temps à autre le vert tendre d’exploitations agricoles qui pompent l’eau fossile au moyen de gigantesques installations… Dattes tendres et verre de lait à l’ombre des palmiers, nous sommes accueillis de manière traditionnelle par Omar, le père de Feriel, une des colocataires d’Alice. Tout est joli : le jardin fleuri avec ses petites cours ombragées, le patio où se dresse une tente berbère garnie de tapis colorés et … la piscine ! Le glouglou de l’eau courante qui l’alimente est en soi-même déjà rafraîchissant.

Omar nous montre fièrement le parc Forem dont l’entrée est située en face de notre gîte. Il est fréquenté en ce samedi après-midi par les familles d’el-Menia. Il a été conquis sur le désert : avant, du sable et du vent, maintenant, des palmiers, des fleurs et de l’ombre. Une véritable prouesse ! Tout est conçu pour le plaisir des enfants qui courent en tous sens à grands cris. Un petit parc animalier abrite des couples de chameaux, d’autruches, des chevaux, des gazelles, des volailles caquetantes et un singe pas commode. Une ancienne piscine jugée trop dangereuse a été transformée en vivier à poissons. C’est la période du frai et Omar a beaucoup de travail ! Au bout du parc, nous écarquillons les yeux : des jeunes font du pédalo sur les eaux d’un petit lac ! Tout autour, des familles piquent-niquent sur des nattes ombragées par des toiles tendues entre les palmiers. Ce n’est vraiment pas la vision que nous avions du désert ! Ce projet écologique a été conçu dans un esprit de solidarité et de partage. Une maison est en construction, elle abritera les familles momentanément en difficulté. Il y a aussi une bibliothèque bien fournie mais un peu brouillonne qu’Alice rêve aussitôt de réaménager.

Nous partons en 4x4 vers un lac de 17km de long où viennent se poser de nombreux oiseaux migrateurs. Nous nous ensablons sur des pistes à peine marquées… Puis nous prenons le thé, en surplomb du lac, assis sur une natte en observant le coucher du soleil. Nous visitons aussi le ksar, bâti au sommet d’une colline, rosé comme la pierre et le sable qu’il domine. Impressionnant de penser qu’au début el-Ménia se réduisait à cela: cette forteresse avec le sable tout autour.
Nous nous rendons sur la tombe du Père Charles de Foucauld et enfin nous nous rendons dans les dunes du grand erg. C’est le désert de notre imaginaire. Nous nous mettons pieds nus pour en fouler le sable. Nous avions tenu à réserver une balade en dromadaire, balade dont nous rêvions depuis la France. Mais la bête s’est révélée avoir un caractère … de chameau ! La partie a tourné en franches rigolades. Le chameau a marqué son opposition en blatérant vigoureusement et en refusant de se lever. Le chamelier a eu fort à faire pour que nous puissions le monter. Certains étaient peu rassurés… Heureusement, le beau cheval noir que nous avons également monté était bien plus docile.
Nous sommes revenus en France riches de tous ces souvenirs et de toutes ces rencontres. Alors, oui, nous reviendrons en Algérie. Inch’Allah !

Francine Roignot LAFITTE

Source Le Lien N°410