La croix : Une relecture féminine du Coran

Recension de livres
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 Par Anne-Bénédicte Hoffner, le 22/11/2018 à 04h57

Dans son livre « L’Islam pensé par une femme »,
la théologienne libanaise Nayla Tabbara offre une nouvelle approche du Coran.

• L’Islam pensé par une femme, Nayla Tabbara avec Marie Malzac, Bayard, 227 p.,
16,90 €

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras ton Seigneur ». Cette phrase, prêtée par la
tradition musulmane au gendre et cousin du prophète de l’islam, Ali, suggère « un lien

entre notre perception de Dieu et celle que nous avons de nous – même », avance la
théologienne libanaise Nayla Tabbara, au début de ce livre d’entretiens avec Marie
Malzac, journaliste au service religions de La Croix.

C’est tout l’intérêt de cet ouvrage que d’interroger ce lien sous l’angle du rapport
entre le féminin et le masculin. En quoi le regard d’une femme, à la fois historienne et
théologienne, mais aussi citoyenne engagée au service du pluralisme à travers la
Fondation Adyan, est-il différent de celui d’un ouléma (savant) du XI ou du XIII e siècle ?
Qu’apporte-t-il de différent et surtout d’utile pour un musulman ou une musulmane
vivant et pratiquant sa foi aujourd’hui ?

Des pages riches et accessibles à la fois

À la lecture de ces pages riches et accessibles à la fois, on comprend que cet apport ne
se réduit pas aux quelques sujets pratiques qui concernent la vie des fidèles de sexe
féminin : faut-il porter le voile et lequel ? comment repenser l’héritage à l’heure de
l’égalité entre hommes et femmes ? C’est toute la tradition musulmane – le Coran mais
aussi ses innombrables commentaires rédigés au fil des siècles – qui peut et doit être
relue par des femmes comme Nayla Tabbara, au nom même de « l’affirmation véhiculée
par les oulémas selon laquelle le Coran est pour tous les âges et tous les lieux ».

Une théologie musulmane du pluralisme religieux

Animée par la foi dans son expérience professionnelle et associative, l’auteur insiste
sur l’importance de « l’engagement dans l’action sociale » dans sa manière de
concevoir l’islam, sur la quête de la justice. « La religion ne peut pas être uniquement
spiritualité et réflexion. Elle doit aussi se traduire socialement par la compassion,
l’attention envers l’autre, par la construction de la terre », écrit-elle, en prenant soin,
toujours, de s’appuyer sur des versets du Coran ou des hadiths, des propos ou des
gestes prêtés à Mohammed.

Comme dans son premier livre, coécrit avec Fadi Daou (1), Nayla Tabbara esquisse
aussi une théologie musulmane du pluralisme religieux, elle qui place « l’amitié
spirituelle interreligieuse » parmi les expériences fondatrices de sa foi. Relisant sa
rencontre des personnes handicapées dans des foyers de L’Arche, elle propose aussi
une « théologie de la fragilité » enracinée dans la tradition musulmane et ouvre même la
voie à une « théologie de la libération » en islam...

Bref, les pistes sont multiples pour « mieux vivre notre foi en harmonie avec le bon
sens et le monde d’aujourd’hui » et retirer « notre religion des mains des extrémistes »,
conclut la théologienne, convaincue qu’il « incombe à tous les musulmans et
musulmanes d’y participer, chacun à sa manière et selon ses charismes »

.Anne-Bénédicte Hoffner
(1) L’hospitalité divine, de Nayla Tabbara et Fadi Daou, Ed Lit, 24,90 €