Faouzia Charfi « Sacrées Questions … » Pour un Islam d’aujourd’hui

Recension de livres
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Faouzia Charfi: « Sacrées Questions ... » Pour un Islam d’aujourd’hui. Odile Jacob, 2017 – 249 pages – 22,90 € – ISBN 978-2-7381-3486-8

Ce livre très intéressant de Faouzia Charfi ne contient pas de réponses à des questions précises. Il s’agit plutôt de commentaires appropriés sur des thèmes récurrents en Islam ou dans les sociétés arabo-musulmanes. Elle parle de l’islam mais de l’islam qui est le sien, celui de la Tunisie où elle a grandi et continue de travailler comme enseignante universitaire de physique. C’est dire que tous les « amoureux » de la Tunisie auront à cœur de parcourir ce livre.

Le premier chapitre d’une quarantaine de pages aborde la relation entre la Charia et l’Islam en tant que religion. Elle essaye de nous faire comprendre que l’Islam est bien plus large que la simple charia. Mais nous dit-elle, s’il y a « un message prophétique, il tend à disparaître sous une multitude de textes inspirés des hadiths. » (p.24) ; hadiths qui, sur internet, sont plus souvent cités que les versets du Coran. (p.48). Dans les efforts de renouveau actuel, il est plus souvent question de la Charia que de l’islam et on nous présente alors un passé immuable et sacralisé (p.58)

L’Islam a donc besoin de reprendre vie. Et cela commença au début des années 1900 avec le réformisme musulman ou Islah (p.77). On y recherchait une réforme globale de la cité musulmane ainsi qu’un certain retour à la raison mais dans les limites imposées par la religion (p.87). Mais ce réformisme ne donna pas les résultats espérés. Il fut rattrapé et retourné par l’islamisme (p.88)

L’islam politique trouve ses débuts dans les Frères Musulmans de Hassan al-Banna ; un islamisme « plus séduisant par ses mots d’ordre politiques, plus accessible que l’islam des savants de science religieuse mais tout aussi exigeant pour le respect de l’orthodoxie sunnite. » (p.96) Tous ces mouvements recherchent une islamisation de la société tunisienne sous couvert d’une identité retrouvée (p.136). Le parti Ennahdha en est devenu un dynamique promoteur en imposant progressivement de nouvelles normes sociales pour aboutir à la construction d’une société islamique idéale dont tous les tunisiens seront bénéficiaires (p.145).

Le chapitre 5 nous fait entrer dans le domaine scientifique avec une présentation du calendrier lunaire des musulmans. À cette occasion, notre auteure nous donne une idée de la place des sciences et des scientifiques de langue arabe dans la société tunisienne. Dans le lointain passé, de nombreux scientifiques ont dû, selon ses propres termes, faire école sur d’autres terres. Les premières universités de langue arabe (Zitouna et al-Azhar) ne s’étant concentré que sur l’orthodoxies et la reproduction de la tradition, il a fallu créer d’autres institutions plus portées sur les sciences modernes et ainsi donner naissance à deux types d’enseignements (p.188) Il reste, selon notre auteure, qu’il y a toujours un « travail à poursuivre contre l’obscurantisme qui revient à vive allure » (p.190)

Enfin, avec le chapitre 6, elle se penche sur la beauté, l’art et la sensibilité humaine. Elle est toujours en désaccord avec cette interdiction de représentation de tout visage humain comme on peut le voir dans la confection de poupées sans visage pour les tout-petits (p.192). Elle veut redonner à l’art toute sa place. « Nous n’avions pas imaginé qu’il était possible au nom de la religion de glorifier un monde sans vie et de croire à l’accomplissement personnel par le sacrifice de tout ce qui peut divertir le fidèle de son devoir religieux : le bonheur l’attendrait dans l’au-delà. » (p.196) Et un peu plus loin, elle ajoute : « Devons-nous refuser la beauté lorsqu’elle s’offre à nous et qu’elle nous libère d’une vision qui mutile notre sensibilité. » (p.218)

Faouzia Charfi est une Tunisienne, musulmane convaincue, qui aime son pays et qui ne désespère pas de son futur car « progrès et modernité y sont encore lisibles » (p.152). Elle tient cependant à son option de base qu’elle partageait avec son époux Mohamed Charfi décédé en 2008, « J’ai choisi d’appartenir au monde des libertés, celui qui permet de vivre ensemble dans le respect de chacun.» (p.245)