Le Seigneur des tribus – L’Islam de Mahomet par J. Chabbi (recension)

Recension de livres
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Jacqueline Chabbi : « Le Seigneur des tribus – L’Islam de Mahomet »
Nouvelle Édition : CNRS Collection Biblia 2013 (Rappel: 1ère édition, Paris 1997)
ISBN 978-2-271-07891-9
En édition de poche : 2016 – 726 pages – 12€
Ce livre est ainsi divisé : p. 7–27 : Préface et Avertissement. Annexes : Tableau des Sourates (p.415-465) – Notes et Commentaires (466 –655) – Glossaire (633–655) – Bibliographie commentée (657–681) – Index (687–726)

Jacqueline Chabbi est une universitaire reconnue. Nous avons déjà présenté sur notre site son dernier livre : «Les trois piliers de l’Islam – Lecture anthropologique du Coran». Aujourd’hui, elle republie, en édition de poche, son ouvrage de 1997, le rendant ainsi disponible à un plus ample lectorat. L’auteure est une historienne qui cherche à mettre en évidence ce que Mahomet a pu être, ce qu’il a pu dire ou faire, avant que l’ensemble soit réécrit ou transformée par la foi des croyants bien après sa mort en 632. C’est en fonction de ses recherches qu’elle peut écrire que « l’Islam primitif ne fut guère musulman. » (p.9) et elle conclura que ce sont « les sociétés califales qui ont construit la religion musulmane. » (p.313). Cet ouvrage met en évidence la tension qui peut exister entre la réalité historique ou scientifique et la réalité religieuse. Avec ce livre, on pourrait conclure que la foi musulmane est mise à mal par la rigueur de l’histoire scientifique. Il nous faut alors mener de front l’histoire et l’histoire sacrée (p.20), tout en sachant bien que si l’histoire profane s’affirme à côté de la certitude religieuse, elle ne va pas forcément l’entamer. L’histoire des religions n’est pas une contre-religion ni un succédané de religion. (p. 14/15 Préface d’André Caquot)

L’ouvrage nous offre des pages assez denses mais abordables pour tout lecteur intéressé par l’Islam et l’interreligieux. Par ce livre, nous faisons un retour historique sur bien des éléments fondamentaux de l’Islam. Le premier d’entre eux est le Coran qui est, à ses débuts, une parole avant d’être un livre matérialisé (p.61) ; une Parole qui a emprunté ou s’est approprié des traditions déjà existantes de l’époque biblique (p.59, 61, 128) ; essentiellement, cette Parole reste «une parole proclamatoire» (p.71). On nous parle aussi de l’Hégire qui fut très probablement beaucoup plus un départ sous la contrainte qu’une décision volontaire (p.264). Notre auteure soulève donc encore ce problème de la relation entre l’Islam primitif et la tradition biblique ; toutes les deux issues du même terroir moyen orientale. On ressent aisément la nécessité d’une présentation plus approfondie de ces relations complexes afin d’éviter toute ambiguïté (voir pages 396 à 408).

Ce livre est un ouvrage scientifique qui trouvera sa place dans toute bibliothèque. Il peut devenir un ouvrage de référence en tout débat sur l’Islam des origines avant qu’il devienne une religion promue en tant que tel par les musulmans des premiers siècles.