Pax & Concordia : patrimoine

L’Algérie à vélo

Patrimoine
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Une traversée de 1 430 km d’ouest en est pour ces trois jeunes Tlemcéniens amoureux de l’Algérie et de ses beaux paysages souvent souillés par manque de sensibilité écologique, et voilà Amin, El Hadi et Naïm, tous trois militants écologistes, partis pour un périple de 15 jours à raison de 80-120km par jour en plein mois d’août, avec une température qui frôlait parfois les 40°.

Ils sont d’un enthousiasme contagieux lorsqu’ils parlent de leur aventure. C’est un projet dans les cartons depuis longtemps qu’ils ont préparé durant une année, le but essentiel étant de sensibiliser à l’écologie et à l’environnement. Le défi sportif est de taille pour ces jeunes pas vraiment spécialisés dans le cyclisme.

L’idée est venue au retour d’un congrès à Alger « Algeria Model United Nations » dans le bus de nuit : les idées fusent, Amine prend des notes et l’enthousiasme grandit vite. Cela fait plusieurs années qu’ils font des campagnes de sensibilisation à l’écologie (voir page Facebook Algérie proprei) . « nous voudrions améliorer notre société par des petites choses afin de nous rendre toujours plus citoyens ; notre réseau existe grâce à Facebook, c’est la page la plus populaire en Algérie dans le domaine de l’environnement ». Leur message pour une Algérie propre ne s’arrête pas seulement au point de vue écologique mais il s’élargit pour une citoyenneté responsable, « avec une mentalité propre, un citoyen propre, motivé, positif ». Ils sont convaincus que les gestes écologiques ont une répercussion sur le comportement général du citoyen.

C’est grâce à l’association ASPEWITii qu’ils se sont connus ; tous y partagent ce souci de l’écologie. Nombreux sont les jeunes qui veulent participer à ce projet l’Algérie à vélo mais la pression familiale oblige certains à se désister. 

« J’ai averti ma famille une semaine avant mon départ , ma maman était très inquiète mais voyant les préparatifs faits durant une année et ma détermination, mes parents n’ont pas osé me contrarier ! » explique Amine. Les parents de El Hadi sont très inquiets « ils disaient que l’on allait nous agresser, nous tuer, mais je disais que dans ce pays des gens sont morts pour la liberté et nous on veut faire du bien, alors on ne peut pas nous faire du mal, on ne peut qu’attendre du bien. Les amis disaient que je n’étais pas suffisamment motivé pour ce projet, mais ils ne me connaissent pas bien, j’ai une flamme à l’intérieur de moi qui me dévore. »

Mais un projet de la sorte ne s’improvise pas ; il faut des moyens financiers, des vélos ..., un entraînement physique etc.. ; « On a fait une petite vidéo pour expliquer notre projet et nous l’avons diffusée sur les réseaux sociaux, tout de suite des gens nous ont contactés, cela nous a tout de suite encouragés. Il fallait chercher des sponsors mais en Algérie cela n’est pas coutume, de plus les gens n’y croyaient pas, même nos proches pensaient que l’on allait s’arrêter à Oran.  Mais ce manque de confiance et ces critiques nous ont servi pour nous motiver encore plus, nous avons l’habitude ! » Traverser l’Algérie sur le réseau routier n’est pas sans danger et la peur pouvait s’installer « la peur je ne connais pas, explique Amine ; l’envie de rencontrer beaucoup de nouvelles personnes m’excitait beaucoup et en tant que sociologue j’étais très motivé. » « je n’ai jamais vu l’Algérie, raconte El Hadi ; finalement j’allais pouvoir faire quelque chose pour mon pays, et rien ne pouvait plus m’arrêter. C’était un rêve que j’avais déjà fait de nombreuses fois dans ma tête, les autres cyclistes nous prenaient vraiment pour des fous car en plein mois d’août on ne fait pas de vélo, il fait trop chaud.»

Leurs vélos ne sont pas du dernier cri, celui d’El Hadi était surnommé « le tracteur » ils ne connaissent pas grand-chose de ce qu’un effort de la sorte demande aux organismes, les crampes, la chaleur «  parfois je n’avais qu’une jambe qui pédalait à cause des crampes j’avais envie d’abandonner mais à chaque fois je me disais : je vais prouver que l’on peut le faire, à ceux qui n’ont pas cru en nous. Je voulais montrer que la jeunesse algérienne peut faire de belles choses ; on était comme des guerriers en pleine bataille, notre victoire étant de réunir l’Algérie autour d’une bonne cause. » Ils souffrent chacun de leur côté mais ne veulent pas peser sur l’autre pour ne pas se démoraliser et chaque matin ils prient ensemble en confiant tout à Dieu. « c’était aussi un voyage spirituel : nous étions sûrs que Dieu nous protégeait ‘Dieu était avec nous’ » répètent-ils en choeur. Lorsque près d’Oran le pneu d’un camion explose à 150 mètres d’eux ils se sentent protégés , quand près de Tenès leur remorque crève, c’est un passant qui vient les aider pour réparer ; à Aïn Témouchent, ils rencontrent un ami de la ministre de l’environnement qui va les introduire pour une visite chez elle en passant à Alger ; l’accueil chez l’habitant et tout spécialement chez les écolos et les cyclistes du coin, autant de petits signes et bien d’autres encore leur font toucher la Providence de Dieu.

Il faut dire que pour leur financement ils avaient réussi à rassembler seulement 15 % de leur budget, et n’avaient pas de sponsor ! mais c’est avec confiance qu’ils se sont lancés, sûrs de cette Providence de Dieu et de la générosité de leurs concitoyens, et ce fut le cas bien des fois. « on n’a jamais rien payé pour manger ou dormir, nous avons même été hébergés par la gendarmerie pour une nuit. On nous arrêtait pour nous donner à manger et aussi de l’argent. Si tu fais du bien tu enclenches chez les Algériens une générosité incroyable. »A Oran, Mister vélo remet tous les vélos en état de marche et leur donne une remorque pour alléger les dos déjà bien meurtris, tout cela gratuitement. Il y a aussi Mister Bike, fondateur du mouvement « green bike » à Annaba, qui par ses contacts des associations de vélo les a guidés à distance depuis Annaba, leur donnant les bonnes adresses et ouvrant ainsi les portes de nombreuses associations : avec lui ils se retrouvent sur les mêmes objectifs: environnement, vélo, citoyenneté etc...

Au départ de Tlemcen la petite foule qui est là pour les encourager sera un souvenir qui les aidera tout au long du trajet à aller de l’avant, sûrs aussi des prières des uns et des autres. « En fait c’est plus un défi psychologique que physique » expliquent-ils, et la rencontre fortuite au focolare d’Alger avec deux jeunes filles qui avaient déjà fait Alger-Tlemcen à vélo, les conforte dans ce défi psychologique ; leurs mots, leur courage vont les motiver et les renforcer dans la réalisation de leur objectif. « si tu ne le vois pas dans ta tête tu ne peux l’avoir dans tes mains ». La rencontre avec la ministre de l’environnement, cycliste elle aussi, va leur rajouter de la motivation, une consécration presque, elle a beaucoup aimé le projet de ces jeunes citoyens qui aiment leur pays et veulent apporter du concret pour sensibiliser sur l’environnement.

Les difficultés

« Dans nos rapports ce n’étaient pas toujours facile, la fatigue, le stress, de toutes petites choses pouvaient nous entraîner vers des mésententes, mais tous les soirs on se remettait d’accord. On essayait de se mettre à la place de l’autre. On a beaucoup rigolé malgré les nombreuses chutes que nous avons faites. »

Les rencontres

Elles sont si nombreuses et enrichissante que l’on ne peut toute les nommer :, groupes de cyclistes, associations écologiques, groupes d’enfants, écoles, un passage sur radio Algérie : partout ils transmettent leur enthousiasme, leur conviction pour une Algérie propre. Ils se sentent enrichis à chaque fois et leur objectif est atteint, on est de plus en plus nombreux à les suivre sur Facebook : de 20 000 abonnés ils sont passés à 180 000 suite à leur périple.

Ils voulaient transmettre un message : donner, « c’est le secret du bonheur » mais en fait ils ont reçu bien plus que ce qu’ils ont donné : la fraternité, la générosité, l’amour, « il faut inventer de nouveaux mots pour expliquer nos sentiments, on a rencontré des anges tout au long du chemin. »

Ils ne vont pas s’arrêter là, on les retrouvera très certainement pour un projet de plus grande ampleur prochainement.

 


Didier Lucas