Pax & Concordia : dialogue

Une journée de jeûne et de prière pour mettre fin à l'épidémie

Dialogue
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Le Comité de la Fraternité Humaine a invité une journée de jeûne et de prière pour mettre fin à l'épidémie de coronavirus. Quelques idées du Magistère des Papes pour réfléchir à la signification spirituelle et culturelle de ce geste.
Source site web : OASIS

La journée interreligieuse de prière et de jeûne pour invoquer la fin de l'épidémie de coronavirus, qui se tient aujourd'hui le 14 mai, est l'initiative la plus pertinente lancée à ce jour par le Haut comité pour la Fraternité Humaine, https://www.forhumanfraternity.org/ la demande voulue par la direction politique émiratie de promouvoir le contenu de la déclaration signée à Abu Dhabi par le pape François et le grand imam d'al-Azhar.

Ces derniers mois, le Comité s'était en effet surtout déplacé dans les milieux institutionnels internationaux, proposant par exemple aux Nations Unies de proclamer le "Journée de la Fraternité" le 4 février, date de signature du document: une reconnaissance qui serait symboliquement importante mais, en cas d'inflation des "journées mondiales", risquerait en même temps de représenter un acte purement festif.

L'invitation à prier et à jeûner, accueillie dans le monde entier par de nombreuses communautés religieuses de confessions différentes, rejoint plutôt plus directement la vie quotidienne des gens, avec leurs préoccupations et leurs aspirations.

Ce geste s'inscrit dans une séquence désormais bien remplie de nominations similaires, exhortées au cours des dernières décennies par les Pontifes dans des conjonctures particulièrement dramatiques, à commencer naturellement par la prière interreligieuse pour la Paix convoquée à Assise par Jean-Paul II. La nouveauté importante cette fois-ci est que l'impulsion à l'action commune ne vient pas principalement de l'Église catholique, mais qu'elle est dès le début le résultat d'un besoin interreligieux partagé.

Pour réfléchir plus profondément sur le lien entre fraternité humaine et prière commune, en essayant d'en tirer un enseignement également pour le monde post-pandémique, il est cependant utile de retracer certains passages du magistère des derniers papes, à partir du discours que le 25 septembre 1968, Paul VI il a prononcé devant les membres du Secrétariat pour les non-chrétiens, qui est devenu plus tard le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. A cette occasion, le pape Montini avait déclaré que "l'objet spécifique et formel" de l'activité du Secrétariat devait être recherché chez "l'homme religieux, véritable fondement de notre fraternité".

Déjà en 1957, l'archevêque de Milan de l'époque avait consacré une lettre pastorale au «sens religieux», c'est-à-dire Montini, à cette «attitude naturelle de l'être humain de percevoir une partie de notre relation avec la divinité». Présentant ce document, Massimo Borghesi1 a constaté que la catégorie du sens religieux, tirant parti de la question du sens commun à chaque homme, permettait au futur Pape d'identifier un terrain de dialogue entre le christianisme et la modernité, et, comme nous l'avons vu, également entre le Christianisme et les autres religions.

Ces observations fournissent quelques coordonnées pour encadrer la proposition du Haut Comité pour la Fraternité Humaine: la prière pour la fin de la pandémie n'est pas un moment réservé aux fidèles des religions constituées, ni à la réaction pieuse - et fondamentalement anachronique - d'un monde en détresse de l'impuissance (momentanée?) de la science. C'est ce que le pape François a implicitement souligné hier dans son audience générale2, consacrée précisément à la prière: "La prière appartient à tous: aux hommes de toutes les religions, et probablement aussi à ceux qui n'en professent pas. La prière naît dans le secret de nous-mêmes, dans cet endroit intérieur que les auteurs spirituels appellent souvent le «cœur» ». Il est possible que la pandémie contribue à éveiller le cœur quelque peu dormant de certains: comme le dit le Psaume avec réalisme, "l'homme en prospérité ne comprend pas". Cependant, la racine du sens religieux n'est pas le drame de la vulnérabilité, mais le désir de plénitude. Cela est prouvé par la croyance assez répandue que le véritable enjeu n'est pas de vaincre le virus, mais de corriger les distorsions déshumanisantes qui ont facilité sa propagation.

Cela nous rappelle ce que Benoît XVI avait souligné en 2011, alors qu'il était à Venise. En visitant la « Basilique della Salute », érigée en ex-voto pour la libération de la peste de 1630-1631, le pape Ratzinger s'était concentré sur l'inscription au centre de l'église qui, avec une splendide synthèse, attribue à Marie à la fois la naissance de la ville lagunaire, en lien avec la tradition du jour de l'Annonciation de 421, que vu la fin de l'épidémie: "Unde origo, inde salus". «Et c'est précisément grâce à l'intercession de Marie que sont venus la santé, la fin de la peste. Mais - a ajouté Benoît XVI - en réfléchissant à cette devise, nous pouvons également saisir un sens encore plus profond et plus large. De la Vierge de Nazareth est né celui qui nous donne la "santé". La "santé" est une réalité intégrale et englobante: elle va du "bien-être" qui nous permet de vivre sereinement une journée d'étude et de travail, ou de vacances, jusqu'au « salus animae », dont dépend notre destinée éternelle. Dieu s'occupe de tout cela, sans rien exclure Il prend totalement soin de notre santé.

Aujourd'hui encore, l'humanité semble rechercher une santé qui ne se limite pas à sa libération du Coronavirus. Ce n'est que si ce désir de plénitude est supposé culturellement et aussi politiquement que le monde post-Covid 19 sera meilleur que celui que nous aimerions laisser derrière nous, au sens le plus complet ».

Paru sur le site Web Oasis : https://www.oasiscenter.eu/it/coronavirus-preghiera-fratellanza-umana

Par Michele Brignone

 


Directeur exécutif de la Fondation et directeur de la revue. Il a obtenu en 2008 le doctorat de recherche en Histoire, Institutions et Relations internationales des pays extra européens à l’Université de Pise. Il est depuis 2009, professeur de Langue arabe à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, où il tient un cours sur le discours et la pensée politique arabo-islamique

 


1 https://www.massimoborghesi.com/biografia/
2 http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200513_udienza-generale.html