Trois étudiants camerounais « ambassadeurs » de l’Église d’Algérie

Gaël Bawa, Brice Mba et Yvan Totso sont arrivés en Algérie, comme beaucoup d’autres jeunes Africains subsahariens, pour y faire leurs études. ÉGLISE D’ALGÉRIE

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Camerounais et étudiants, Gaël Bawa, Brice Mba et Yvan Totso témoignent dans un livre, plein de verve et de fraîcheur, de leur « passage dans l’Église d’Algérie, marqué d’émotions fortes (…) et d’un développement dans la foi sans pareil ».

source : La Croix.com

Ils souhaitent faire davantage connaître cette petite Église, selon eux « très simple et très belle », en France et dans leur pays d’origine.

« Ici, en Algérie, il est extraordinaire de voir comment, par le canal de l’Église, nous pouvons nous faire des ami(e) s sans complexe, sans tabou, sans préférence de race, sans préférence de statut social, bref des amis dans la diversité totale. À beaucoup d’entre nous, ce pays a permis (…) de confronter notre pensée, notre manière d’être avec celle des autres ».

Tous trois Camerounais, Gaël Bawa, Brice Mba et Yvan Totso sont arrivés en Algérie, comme beaucoup d’autres jeunes Africains subsahariens, pour y faire leurs études : le premier en agronomie à Annaba puis Tiaret ; le second en génie civil à Mostaganem ; et le dernier en sciences de l’ingénieur à l’université de Sidi Bel Abbès. Un peu perdus au départ, ils ont frappé à la porte de l’Église catholique un peu « par curiosité », un peu aussi pour poursuivre leur « cheminement de foi ». L’expérience les a transformés, bien au-delà de ce qu’ils imaginaient.

Désireux de « faire connaître cette Église spéciale, à la diversité étonnante », et dans laquelle ils ont trouvé une « famille », ils viennent d’écrire un livre – « L’Église d’Algérie sur les pas des dix-neuf bienheureux : témoignages d’étudiants » (1) – qu’ils souhaiteraient désormais présenter dans des paroisses en France – où étudie Gaël et où Yvan doit arriver en septembre – et au Cameroun.

Plein de fraîcheur et de reconnaissance

Ils ont fait connaissance à l’été 2017, lors de la session « Taizé-Tlemcen ». Cette semaine de prière, de réflexion et de fête, organisée par et pour les étudiants, est l’une de ces activités proposées par l’Église qui les a marqués. « Quand on y va, on se rend compte que Taizé est certes un événement, simplement religieux pour certains, de rencontre pour d’autres, mais qui consacre le principe de l’unité dans la diversité et inversement », écrivent-ils dans ce témoignage plein de fraîcheur et de reconnaissance à la fois. « Son positionnement en Algérie et sa coïncidence avec la diversité culturelle sont providentiels (…) car la véritable plaie de notre monde est l’intolérance vis-à-vis de la différence ».

Outre la diversité de ses visages, la « proximité » de l’Église en Algérie les a surpris. « Au Cameroun, il est très difficile d’approcher le clergé, et plus encore l’évêque », note Brice. Voir celui d’Oran faire la vaisselle a d’abord « scandalisé » Gaël, qui a grandi dans une famille chrétienne à Mbandjock, au centre du pays et fait ses études secondaires dans un petit séminaire. Il s’est finalement laissé toucher par la « simplicité » de cette Église, par le « souci qu’elle a » des étudiants comme des migrants qui fréquentent ses paroisses.

Servir leur pays

Pour écrire leur livre, ils ont fait le tour des quatre diocèses du pays. Ils se sont penchés sur l’histoire de l’Église d’Algérie, depuis saint Augustin jusqu’à la béatification toute récente de Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnons, en passant par la période coloniale. Ils ont rencontré des chrétiens algériens, qui leur ont raconté leur difficulté à vivre leur foi dans une société presque exclusivement musulmane, des migrants aussi…

« Alors qu’en Afrique, tous les jeunes veulent venir en Europe, l’exemple de ces bienheureux qui ont aimé l’Algérie jusqu’au bout est un exemple pour nous. Ne devrions-nous pas, nous aussi, participer à la construction de notre pays plutôt que de rêver à un Eldorado ? », réfléchit Gaël, qui aimerait revenir « servir » le Cameroun à travers l’agronomie, et s’investir aussi dans sa paroisse. « Simple pratiquant » dans sa paroisse à Yaoundé, Yvan se sent aujourd’hui « beaucoup plus engagé », et compte bien le rester. « Avec les prêtres, religieux et religieuses d’Algérie, j’ai appris le service », assure-t-il.

Interpeller les Églises africaines

Avec cet ouvrage, ils souhaitent faire passer plusieurs « messages ». Rassurer leurs familles et amis qui, depuis le Cameroun, leur demandent souvent s’ils « sont en sécurité », s’ils peuvent « faire leur prière, préparer Noël »... Inciter leurs successeurs à découvrir cette Église qui « nous révèle d’une façon visible une présence de Jésus doux et humble de cœur ».

Interpeller aussi les Églises africaines sur « leur vision du pouvoir », en leur apprenant qu’en Algérie, « l’évêque prend l’avis des étudiants avant certaines décisions ». Et même prévenir les candidats à la migration qu’avant « d’éventuellement arriver en France, ils risquent d’être confrontés à des pratiques inhumaines »...

« Nous avons découvert que l’Église en Algérie avait vécu des périodes très différentes dans son histoire. Nous avons envie de laisser notre témoignage sur celle-ci, pour montrer ce que nous y avons vécu quelque chose d’extraordinaire », résume Brice.

Anne-Bénédicte Hoffner, le 21/06/2019 à 17:33


(1) publiée à compte d’auteur avec l’aide du diocèse d’Oran