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La Bibliothèque Dilou

Culture
Typography

D’une Bibliothèque on peut dire, c’est un espace, des temps de rencontres, un cadre où le savoir s’enrichit et se partage. La lecture est un breuvage pour l’âme, un art qui nourri le savoir en sublimant les capacités intellectuelles. Les Jésuites, spécialistes en discernement y croit et s’y dévouent au grand bonheur de leur entourage. Constantine n’est pas en reste.

Religion et Langues (DINE u LOUGHAT)

Sr R. S : Qui êtes-vous Père Jésus ?

P.J.L.B : Je m’appelle Jesús Manuel León Blanco et je suis un religieux catholique, de la Compagnie de Jésus. J’ai 50 ans, je suis espagnol et je suis né à Badajoz, une petite ville au sud-ouest de l’Espagne ; c’est le pays de ma mère, mais j’ai passé mon enfance à Grenade et puis à Séville, à cause des déplacements de travail de mon père.

Sr R. S : Que faites-vous à Constantine et depuis quand ?

P.J.L.B : J’étais arrivé en Algérie en 2004, et j’étais resté sur Alger où je collaborais au Centre Culturel Universitaire. Je suis arrivé à Constantine en septembre 2009. J’occupe mon temps principalement avec trois activités académiques : la bibliothèque diocésaine DILOU, le centre de soutien scolaire Nibras et enfin j’aide quelques étudiants universitaires qui veulent s’améliorer en langue espagnole.

Sr R. S : Bibliothèque Dilou, pourquoi un tel nom ?

P.J.L.B : Le nom DILOU fut inventé par Mlle Anne Brusselmans, la première aide-bibliothécaire de la bibliothèque, en faisant une abréviation des deux domaines principaux de la bibliothèque : Religion et Langues. ‘Religion’ en langue arabe se dit ‘DINE’ et ‘langues’ se dit ‘LOUGHAT’. Anne a pris le débout de chaque mot et a fait ce curieux mot composé et facile à retenir.

Sr R. S : Quelle est l’histoire de cette bibliothèque ?  Quel lien avec  vous en tant que Jésuite

P.J.L.B : Les débuts de la bibliothèque il faut les situer dans une de ces coïncidences inattendues avec lesquelles Dieu nous surprend de temps en temps. En 1984 une personne qui visitait l’évêché de Constantine s’est offerte pour ordonner et mettre en valeur la bibliothèque de l’évêché ; le père Gabriel Piroird, tout récemment nommé évêque de Constantine, a saisi l’occasion, et cette personne a commencé le travail de mise en ordre l’été suivant. Peu de temps après, le père Piroird a reçu la visite d’un père blanc –probablement le père Lailly− passionné pour l’histoire et qui voulait rencontrer le recteur de l’Université de Sciences Islamiques pour des questions concernant ses recherches. Le père Piroird est allé avec lui à l’université et ils ont pu rencontrer le recteur. Dans le cadre de la conversation, chacun a parlé de ses préoccupations et activités : le recteur a parlé de la toute récente création du Département de Religion Comparée et le père Piroird de la bibliothèque diocésaine remise en état, et ils se sont mis d’accord pour que les étudiants du nouveau département puissent venir à la bibliothèque pour des recherches concernant leurs études. Le père Piroird a contacté le père Bernard Mallet, jésuite, récemment –lui aussi− arrivé à Constantine pour qu’il prenne en charge la nouvelle dimension publique de la bibliothèque diocésaine, ce qu’il a entrepris avec enthousiasme. Les premiers étudiants sont commencés à arriver et le travail de la bibliothèque a commencé.

Anne Brusselmans –dont on a parlé plus haut− est arrivée quelques mois plus tard. Fini son contrat comme professeur d’anglais, elle s’est mise à disposition de l’évêque, qui lui a offert de faire équipe de travail avec le père Mallet. Par leurs passés –tous les deux anciens professeurs de langue anglaise et disposant de bibliothèques personnelles consistantes− et par les circonstances du moment –fermeture temporaire du Centre Culturel Français et forte crise financière−, ils ont remarqué que les étudiants de langues étrangères étaient en manque de documents pour leurs études. C’est de cette façon que le domaine ‘Langues’ s’est trouvé une place à la bibliothèque.

Le père Georges Carlioz, jésuite, à remplacé le père Mallet en 2002 et moi, on m’a demandé de remplacer le père Carlioz à partir de septembre 2009.

Sr R. S : A qui la bibliothèque est-elle destinée? Comment évolue cette bibliothèque ?

P.J.L.B : La bibliothèque est principalement destinée à des universitaires. Le groupe le plus nombreux aujourd’hui c’est celui des étudiants d’Anglais, qu’ils soient des étudiants de la faculté, de l’École Normale Supérieure, ou qu’ils soient déjà des enseignants. En deuxième place nous avons les étudiants de Français, surtout de master et des enseignants. Ensuite nous avons le groupe des étudiants de Religion Comparée, licence, master, doctorat, professeurs. Nous avons des étudiants, enseignants ou tout simplement des gens intéressés par d’autres domaines, notamment Traduction, Philosophie, Histoire, Psychologie. Enfin, il y a un groupe non négligeable d’étudiants des branches biomédicales et scientifiques qui viennent pour profiter du silence et du calme des salles.

Sr R. S : Que  genres de livres peut-on voir dans les rayons de Dilou ?

P.J.L.B : Nous essayons de maintenir à jour les fonds des domaines de l’ouverture publique de la bibliothèque : Religion Comparée et Langues. Je pense que nous avons un bon fond d’Anglais : linguistique, enseignement de l’anglais, littérature, critique littéraire, civilisation et histoire britannique, américaine et africaine. Depuis quelques années nous développons les domaines Philosophie et Traduction.

Nous essayons aussi d’arabiser la bibliothèque dans les domaines autres que les langues étrangères, pour pouvoir faciliter l’accès des étudiants à l’information dans la langue qui a été celle de leurs études depuis leur enfance ; nonobstant, nous ne cessons pas d’encourager les étudiants à s’améliorer dans des langues étrangères pour qu’ils puissent lire des sources pas encore traduites en langue arabe.

Sr R. S : Quelles sont vos joies et peines pou la vie et la survie de la bibliothèque Dilou ?

P.J.L.B : Je parlerai en premier des peines pour finir avec les joies. Cela me fait du mal de voir de jeunes étudiants et professeurs sainement assoiffés de savoir et qui n’arrivent pas à se désaltérer par manque de matériaux, soit parce que ces matériaux ne sont pas encore traduits en langue arabe, soit parce qu’ils ne sont pas atteignables dans leur pays, que cela soit à cause des prix économiquement inabordables, ou que cela soit tout simplement parce qu’ils n’ont pas pu être introduits dans le pays pour des raisons difficilement discernables.

La plus grande joie c’est de voir grandir en humanité et en fraternité ces étudiants et ces professeurs, de pouvoir travailler en équipe avec eux, de pouvoir aider tant soit peu à la construction de ces jeunes gens qui veulent à leur tour aider à construire un monde plus humain et plus fraternel.

Sr R. S : Peut-on encore miser sur les livres, la lecture en ce siècle du numérique ? Quelle preuve de votre  réponse ?

P.J.L.B : Je ne parlerai pas d’une opposition. Certes, le numérique a des grandes avantages, surtout par la facilité d’accumulation de documents dans un espace minimal, ou encore pour sa valeur écologique pour ce qui est de l’économie du papier, c'est-à-dire des arbres. Ces sont beaucoup les étudiants qui nous fréquentent et qui nous disent à propos de tel où tel document : « Je l’ai en format PDF », et qui ont des vraies collections de documents, parfois bien plus grandes qu’une bibliothèque. En même temps, il peut avoir l’inconvénient de la volatilité : il n’est pas rare d’écouter qu’un tel a perdu ses documents parce que soit l’ordinateur soit l’outil de stockage ont été abimés ou ont disparus. Et il y a aussi à considérer l’aspect économique : l’accès légal à des documents en format informatique n’est pas du tout bon marché.

D’autre part, ils sont nombreux aussi ceux qui nous disent : « Je préfère lire sur le papier plutôt que lire sur l’ordinateur ; de lire sur l’ordinateur cela me fatigue les yeux ». Les professeurs continuent à exiger des étudiants qu’ils travaillent sur papier. Enfin, lorsqu’un étudiant part de la bibliothèque avec les trois livres qu’il est autorisé à emprunter, on a l’impression qu’il part déjà avec une quantité de pages dont on ne sait pas bien s’il pourra arriver à la digérer en quatorze jours –la durée du prêt externe de la bibliothèque−, et cela peut donner une idée réaliste de la quantité de matériel que je peux humainement gérer quand je suis en train de faire un travail de recherche.

Sr R. S : Que faisons d’autres à Dilou ?

P.J.L.B : A part l’utilisation des salles pour la lecture et le travail personnel et l’emprunt des livres, DILOU offre la possibilité de participer à des clubs pour améliorer la connaissance pratique de langues étrangères, notamment le français, l’anglais et l’espagnol. Il y a aussi un café littéraire en langue arabe qui se réunit de façon persévérante tous les quinze jours depuis déjà trois ans. La bibliothèque offre aussi la possibilité d’un accompagnement personnalisé à la rédaction des travaux de fin de cycle. Enfin, nous organisons de temps en temps des activités culturelles que nous annonçons à l’avance (exposition de peinture, concert, cours intensif).

Sr R. S : Quels autres projets d’avenir pour Dilou ?

P.J.L.B : À la demande de beaucoup d’adhérents, nous aimerions bien élargir l’horaire d’ouverture, notamment le samedi pour ceux qui, pendant les jours non fériés, sont coincés par leurs horaires d’étude ou de travail.

De même, nous aimerions mettre à la disposition des adhérents la possibilité de se connecter sur Internet sur le lieu de la bibliothèque.

Enfin, nous aimerions, développer une grille de mots-clés à appliquer sur les documents de la bibliothèque, pour faciliter la recherche des documents au-delà des simples références de titre et auteur.

Sr R. S : Comment vous joindre à Dilou ?

P.J.L.B : La bibliothèque est au numéro 3 de la rue Boudhene Messaoud de Constantine (c'est-à-dire, à partir de la place de la pyramide, quand on descend par la rue Belouizdad, c’est la deuxième rue à gauche –juste avant la daïra−, et DILOU est la première porte sur la gauche).

Elle ouvre tous les dimanches matin, de 9h30 à midi, et du lundi au jeudi, de 9h30 à 16h30 avec une pause-déjeuner de midi à 13h. Elle est fermée grosso-modo du 5 juillet au 25 août.

Nous sommes aussi sur le réseau facebook à la page Bibliothèque Dilou.

Sr R. S : Votre mot final

P.J.L.B : Nous essayons que DILOU soit un bon lieu pour le travail et la recherche, en essayant de maintenir l’ambiance d’ordre et le climat de calme nécessaires pour ces activités. En même temps, je pense que DILOU peut être un lieu extraordinaire de rencontres et d’échanges d’expériences académiques et humaines qui se retrouvent difficilement ailleurs. Rien de tout cela ne serait possible sans le travail de l’équipe actuelle et de tous ceux et celles qui y ont travaillé auparavant, un travail souvent silencieux, pas trop repérable, beaucoup plus intense que ce que l’on pourrait imaginer, et toujours engagé pour aider à ce que la vie des autres –ici les adhérents− soit plus facile.

 


Propos recueilli par Sr Rosalie SANON, SAB

Bon Pasteur / Constantine