Béatification


Gen Verde - My Last Thought

Le groupe musical international Gen Verde, sur la place Saint Pierre au Vatican, dédie une chanson aux moines de Tibhirine.

 

Témoignage sur Sœur Odette Prévost

Témoignages
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Quelques repères sur sa vie :

Odette : née à Oger, en Champagne, le 17 /7/ 1932, de 1953 à 1959, formation à Montpellier chez les petites sœurs du Sacré Cœur.
1958, El Kbab, Maroc
1968 – 1970 Alger
1970 Argenteuil
1975 à 1995 Alger / dont 2 ans d’études à l’IPEAI à Rome (Institut Pontifical d’études de l’arabe et de l’islamologie).

Espérer et Nazareth
« Immergées par Dieu dans un peuple différent, et assumer en nous, dans notre pauvre vie quotidienne, toute la recherche de l’Eglise et la concrétiser en petits actes banals, cachés, gratuits, qui se voudraient toujours porteurs d’amour et de communion. Tension silencieuse vers Dieu dans l’attente, dans l’espérance, avec un cœur toujours ouvert à l’autre, attentif à son chemin à lui, à travers la longueur du temps, les lenteurs de l’amitié et ses trésors.
Nous sommes ici avec lui, pour lui, embarqués dans la même galère. Et quand nous poussons à l’espérance, malgré tout, nous savons un peu, avec eux, de quoi il s’agit, car le présent n’y porte pas spécialement »

Vie eucharistique
« Nous voulons, ensemble, non seulement partager cette vie quotidienne, mais encore la porter devant Dieu, nommer chacun dans notre prière, faire nôtres espoirs et cris de détresse. Et si nous voulons que notre prière soit vraie, alors elle nous renvoie vers une disponibilité qui se veut toujours plus vraie, elle aussi – ce qui n’est pas facile – ce n’est jamais fini – et cela n’a pas de limites. »
«Etre, de plus en plus, mystérieusement, le Corps du Christ. »

Rencontre de l’autre
(Dans la rencontre avec ses voisins :)
« J’ai senti l’âme musulmane toute pénétrée de foi, recevant cette douleur directement de la main de Dieu.
Je pensais que notre attitude vis-à-vis de Dieu était la même. Avec intensité, je percevais que, lorsque l’homme a devant Dieu l’attitude vraie, de foi, de confiance, d’abandon, d’adoration, même dans la souffrance, il était à la source de toute fraternité, de communion avec tous les hommes. »
« Je participe toujours aussi au groupe du Ribât : chrétiens et musulmans, nous voulons mutuellement que le chemin de l’autre soit, pour lui, un réel chemin vers Dieu – et ensemble nous voulons nous tenir devant Lui dans la rencontre, la confiance et la prière. Le groupe s’approfondit beaucoup et ce sont de vrais liens d’amitiés qui se sont créés entre nous (nous nous réunissons deux fois par an au monastère trappiste de Tibhirine.)
Mais bien sûr, ces expérience profondes sont rares, mais quelle source de joie : une sorte de présence de Dieu rendue tangible ! Le plus souvent, nous vivons nos rencontres quotidiennes très simplement, en partageant un oignon, en prêtant un œuf, c’est partager l’amitié en respect, en vérité – et très souvent dans la découverte émerveillée des richesses humaines insoupçonnées, cachées, la générosité des pauvres qui nous dépasse toujours et qui est un appel pour nous.
C’est là sans doute, au cœur de cette vie toute simple, partagée, que nous répondons à cet appel permanent de Dieu à Le chercher, à Le découvrir, « caché au cœur du monde comme un feu. »


Témoignage de Chantal

 Il y a déjà 10 ans que les événements se sont passés et le temps efface ou modifie les souvenirs. Je vais m’efforcer de les retrouver aussi exacts que possible.
Par 2 fois, j’ai été envoyée à la fraternité de Kouba où vivait Odette : en 1978-1979 et de 1991 à1995. J’ai donc vécu à Alger avec Odette jusqu’à son dernier jour et j’ai pu constater l’évolution qu’elle a vécue surtout pendant sa dernière année.

Odette avait une personnalité forte, elle avait beaucoup de dons humains et spirituels, mais aussi un caractère abrupt qui ne la rendait pas facile à vivre, cependant, j’ai toujours eu le sentiment que « Quelqu’un » l’habitait et la conduisait, ce qui ne se faisait pas sans luttes intérieures. Elle avait une grande puissance de travail, une grande capacité d’attention et d’écoute, particulièrement pour les enfants auxquels elle consacrait beaucoup de son temps au retour de son travail, dans le soutien scolaire (elle était institutrice de profession et de cœur). Elle avait aussi un grand souci pastoral, elle était attentive à la qualité de la vie liturgique à la paroisse de Kouba. Dans la liturgie bien préparée, elle entendait exprimer à la fois la grandeur et la proximité de Dieu.
La rencontre avec l’Islam marquait son chemin spirituel, elle était en recherche, en attente de rencontrer les musulmans et d’en recevoir une lumière sur leur chemin. Je me souviens de sa joie et de son étonnement, quand un jeune musulman, ne sachant pas s’il devait ou non participer au Ribat, avait simplement ouvert son Coran, au hasard, priant Dieu de l’éclairer et y avait trouvé une phrase qui, pour lui était une invitation à suivre un nouveau chemin en participant au Ribat : Dieu peut-Il donc parler aussi par le Coran, comme Il nous parle par la Bible ?
Il me semble que sa relation à l’Islam, qui était devenue un élément fondamental de sa vie, s’exprime parfaitement dans une sorte de calligraphie qu’elle avait apportée à un chapitre de la Fraternité auquel elle avait participé. Voici le commentaire qu’elle en avait fait et qui a été redonné par l’une des participantes à ce chapitre :

« En 1989, Odette participa au chapitre de la Fraternité. Chacune y était invitée à apporter un objet, un symbole qui exprimait quelque chose de ce qu’elle vivait, là où elle était envoyée. Elle apporta cette calligraphie avec cette explication :
Au cours d’une méditation sur sa vocation, son envoi au peuple Algérien, elle s’arrêta sur le Nom de Dieu : Allah et elle traça cette écriture (en noir). Elle fut frappée par ces 3 verticales et cela la poussa plus avant dans sa méditation. Elle contempla alors ce Dieu Amour et voici qu’elle aperçu la dernière lettre : h (un peu comme l’ébauche d’un cœur, alors, elle forma l’autre moitié du cœur (en rouge). Elle se laissa porter jusqu’à la vision de cet amour, traversé par la contradiction. Elle sentit son amour pour ce peuple, traversé lui aussi par bien des divergences (et pas seulement culturelles) chemin parfois difficile à se frayer et à poursuivre au sein de l’Islam. Alors, elle traça la petite transversale rouge qui traverse le Nom. Quand ses yeux s’ouvrirent, elle vit ce symbole (le cœur) qui est le tout de notre appel, réponse du Seigneur à notre quête. »

Cette méditation qu’elle avait livrée à ses sœurs pendant le chapitre de 1989, me semble exprimer le profond de sa vie en terre d’Islam, en unissant le nom de religion qu’elle avait « reçu » au début de sa vie religieuse : « de la croix » et le Sacré-Cœur, du nom de la Fraternité.

La dernière période de sa vie a été marquée, bien sûr par la situation sécuritaire de l’Algérie, la tension montait et se posait la question de vérifier nos motivations de rester en Algérie. A la demande du P. Tessier et d’Annie, notre responsable générale, Odette a exprimé son choix de rester pour continuer la mission de Jésus et a développé ses motivations pour cela. Le texte est connu et exprime la dimension eucharistique de notre vie qu’elle entendait assumer : faites ceci en mémoire de moi.
Dans cette période, nous avons fait ensemble une session PRH ensemble, Odette, Anne Marie et moi. Cette session a été, je pense un élément important dans le changement qui s’est opéré en elle à cette époque, elle a ressenti la nécessité de travailler sur elle et d’exercer pleinement la liberté intérieure dont elle jouissait. Peu à peu, nous avons constaté qu’en elle une évolution se faisait. Elle est devenu moins irritable, plus calme et perdait de son besoin de critiquer à priori.
Peu avant Noël 1994, en rentrant des Glycines, elle nous a dit qu’elle avait vécu un dur combat pendant l’Eucharistie du matin. Elle avait entendu la lecture du livre des Cantiques des Cantiques 2, 8-14 où il est dit : «  Lève-toi, mon amie, viens ma toute belle… » Cette parole l’a atteinte au plus profond d’elle-même et elle l’a entendue comme une invitation à une rencontre prochaine. Jusqu’au moment de la communion, elle a été en lutte. Au moment de la communion, elle a pu dire à peu près : « Ce sera quand tu voudras » et la paix s’est installée en elle.
Pendant les congés 95 en France, nous avons participé à une réunion communautaire et beaucoup ont souligné la participation très positive et constructive d’Odette, son attention à chacune, et sa sérénité.

Nous sommes revenues à Alger et en Octobre, le P. Tessier nous a demandé de ne pas rentrer à Kuba chaque jour après le travail, mais seulement pendant les week-ends. Odette restait sur place aux Glycines et je logeais rue Ravel chez le P. Sanson. Nous nous téléphonions assez fréquemment et étions vraiment heureuses de nous retrouver pour les week-ends. Cette période reste dans ma mémoire comme un moment heureux de communion entre-nous. (Il est vrai que la vie communautaire « en diaspora » peu faciliter les choses et que cette situation a peu duré). Le 9 novembre, comme toujours dans cette période, nous avons reçu le couscous d’une voisine proche (pourtant pauvre et chargée d’une famille nombreuse). Odette a aidé un jeune voisin à rédiger un devoir et nous avons eu la visite d’un ami du CCU. Nous avons fixé par téléphone l’heure de l’Eucharistie du lendemain matin : 8h 30 à Kouba. Comme convenu, Chantal Laurette devait nous prendre en voiture en dessous de l’hôpital de Kouba vers 8h 20. Nous sommes sorties par l’arrière de la maison et avons gagné la route sous l’hôpital et là, mes souvenirs sont partiels. Je me suis retrouvée assise par terre et à un moment, j’ai vu notre jeune agresseur avec son arme, nos regards se sont croisés, puis il est parti et à ce moment, j’ai vu Odette à une dizaine de mètre de moi, qui gisait sur le sol. Il n’y avait personne d’autre sur le trottoir à cette heure là un vendredi matin et la circulation était rare. Il semble donc que ce ne soit pas par hasard que nous ayons été visées.
Je rend grâce à Dieu de m’avoir permis de vivre un temps avec Odette qui me montre comment l’Amour de Dieu peut faire éclore notre nature rebelle quand nous acceptons de la laisser travailler.


TEMOIGNAGE AU SUJET D’ODETTE PREVOST
Petite Sœur du Sacré-Cœur

 Je n’ai jamais vécu en fraternité avec Odette, nous nous sommes seulement croisées au cours de passages à notre Fraternité Générale.
Le seul temps qui nous a réunies a été celui d’une retraite, pour elle la dernière, temps qui nous rassemblait une quinzaine de Petites Sœurs du Sacré-Cœur, à Nerville, au nord de Paris en été 1995.
L’animateur en était Pierre Claverie, op, évêque d’Oran. Au cours de cette retraite où participait également notre sœur Chantal Galicher (qui fut blessée à Alger le 10 novembre 1995), j’ai personnellement rencontré Pierre Claverie, et il m’a évoqué le courage et la détermination d’Odette et de Chantal, qui connaissant les risques encourus à Alger, persévéraient dans le choix de rester dans ladite situation, solidaires des habitants du ce pays.
A la fin de la retraite, avec Odette, nous nous sommes rencontrées un petit moment, elle m’a parlé de son peuple souffrant à qui je la sentais attachée sans partage, engagée dans le dialogue islamo-chrétien par sa participation au groupe du « Ribat ». la force de sa parole alors m’avait ébranlée : « Martine, si le grain tombé en terre ne meurt pas … »
A posteriori j’ai reçu ce verset d’Evangile (en St Jn 12,24), comme son testament ; pour moi elle réactualisait la parole de Jésus, sa Passion ; elle reprenait à son compte cette parole, tant méditée et vécue par cet autre disciple qui l’a précédée en terre d’Algérie, Charles de Foucauld.
Par sa vie et par sa mort, Odette a témoigné pour moi de la suite du Christ, de la force de son Esprit par qui elle s’était laissée ajuster pour traduire en acte la Parole de Dieu, accueillie jour après jour et signifiant par là sa foi, son choix et son don fidèle au peuple algérien.

Je fais le serment d’avoir dit la vérité avec une sincérité profonde.

 

Le 1er mai 2004
A Tamanrasset
Martine Devriendt

 

 

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