Béatification


Gen Verde - My Last Thought

Le groupe musical international Gen Verde, sur la place Saint Pierre au Vatican, dédie une chanson aux moines de Tibhirine.

 

La croix : Martyrs d’Algérie, des bienheureux selon le cœur du pape François

Revue de presse
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De nombreux ouvrages sont consacrés aux 19 religieux et religieuses d’Algérie assassinés pendant la décennie noire et qui seront béatifiés le 8 décembre à Oran.

« La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux », rappelait récemment le pape François dans son exhortation sur la sainteté, Gaudete et exsultate, avant de citer les moines trappistes de Tibhirine. Comment ne pas en voir l’éclatant témoignage dans le chemin parcouru par les 19 religieux et religieuses d’Algérie, reconnus martyrs en janvier et dont la béatification sera célébrée samedi 8 décembre à Oran ?

C’est parfois « deux à deux » (parfois plus) qu’ils ont été saisis par la violence islamiste : le mariste Henri Vergès et la petite sœur de l’Assomption Paul-Hélène Saint-Raymond  ; sœurs Caridad et Esther, les deux Espagnoles et Augustines missionnaires  ; les quatre pères blancs  ; sœurs Angèle et Bibiane, de Notre-Dame des Apôtres… Ce que rappelle le court livret illustré que consacrent les éditions du Signe aux 19 nouveaux bienheureux (1). Mais au-delà des circonstances tragiques de leur mort, les nombreux ouvrages qui leur sont consacrés montrent à quel point leur vocation à la sainteté s’est réalisée dans un « deux à deux quotidien », avec et au milieu des Algériens, grâce à « ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain », note le postulateur de leur cause, le frère Thomas Georgeon.

C’est justement cette « dimension communautaire » que l’Association pour les écrits des sept de l’Atlas souhaite mettre en lumière en publiant les fonds documentaires et d’archives concernant chacun des sept moines de Tibhirine, enlevés et assassinés en 1996 (2) . Grâce au diaire de l’abbaye, mais aussi aux correspondances privées ou aux journaux tenus par certains frères, ce premier volume dessine leur itinéraire spirituel mieux que ne l’ont fait les nombreux films et ouvrages jusque-là.

Et comment ne pas lire, ou relire, aussi la vie de Pierre Claverie, l’ancien évêque d’Oran, assassiné le 1er août 1996, avec son ami Mohamed Bouchiki, à la lumière des paroles du pape François (3) ? Si la communauté dominicaine était déjà réduite lors de son arrivée en Algérie, ne faut-il pas élargir aux frontières de l’Algérie (au moins) la dimension communautaire de son chemin de foi  ? Ce pied-noir, né à Bab-el-Oued, « fut conduit à Dieu et à la vie religieuse par le séisme intérieur que représenta pour lui la prise de conscience de cette réalité arabe et musulmane à côté de laquelle il était largement passé dans sa jeunesse », souligne Jean-Jacques Pérennès, qui a sollicité des proches de l’ancien évêque d’Oran, pour éclairer chacun une des facettes de sa vie et de son apostolat.

La rencontre avec l’islam, et les musulmans, retracée par Mgr Henri Teissier, évêque émérite d’Alger, en est une, à laquelle Pierre Claverie a apporté, là aussi, sa touche personnelle, alliant « spiritualité », « lucidité » et « courage ». Comme ses 18 compagnes et compagnons, il a compris qu’« il ne s’agit plus de dialoguer ou de débattre, mais d’offrir sa vie, avec toute la société algérienne, dans la grande épreuve qui l’a atteinte ». « Leur mort est un accomplissement et un appel », parvient-il à écrire au lendemain de l’effroyable nouvelle de la mort des moines de Tibhirine. « Leur sang versé, mêlé à celui de milliers d’Algériens et d’Algériennes, victimes de la violence dans ces dernières années, scelle un pacte nouveau entre nous  : une alliance d’amitié que rien, même la mort, ne pourra briser. »

Anne-Bénédicte Hoffner

(1) Bienheureux ceux qui donnent leur vie. Les martyrs d’Algérie, du Père Thomas Georgeon, Éditions du Signe, 51 p., 8 €.

(2) Moines de Tibhirine. heureux ceux qui espèrent. Autobiographies spirituelles, Bayard, Cerf, Abbaye de Bellefontaine, 2018, 763 p., 29 €.

(3) Pierre Claverie, la fécondité d’une vie donnée. Sous la direction de Jean-Jacques Perennès, préface du cardinal Jean-Louis Tauran, Cerf, 196 p., 19 €.

À lire également  : Luc, mon frère, de Michael Lonsdale (Éditions Philippe Rey, 174 p., 16 €)  ; Pèlerin à Tibhirine, de Michael Lonsdale, Salvator, 139 p., 14,90 €, et la réédition de l’excellente biographie de Pierre Claverie par le fr. Jean-Jacques Pérennès : Un Algérien par alliance, préface de Jean-Paul Vesco, Cerf, 393 p., 24 €.

Source : La Croix