Béatification


Gen Verde - My Last Thought

Le groupe musical international Gen Verde, sur la place Saint Pierre au Vatican, dédie une chanson aux moines de Tibhirine.

 

Esther et Caridad étaient des personnes comme nous « Agustinas Misoneras »,

Les Bienheureux
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Esther et Caridad étaient des personnes comme nous « Agustinas Misoneras », très conscientes d’être missionnaires, elles sont de ces saints dont parle le Pape, « de celles qui habitent avec nous, à nos cotés ». Elles faisaient les même choses que nous faisions toutes, chaque jour dans le quotidien.

 

Caridad était une femme très simple, joyeuse et attentive aux petits besoins des sœurs de la communauté, et aussi très communicative avec les voisins et les personnes avec lesquels elle était en contact chaque jour. Non pas de grandes personnalités, sinon nos voisins le boulanger, le cordonnier, l’épicier, ainsi que sa famille et aussi nos familles qui encore se rappellent d’elle comme « la sœur aimable et souriante »… C’était elle qui nous racontait la vie du quartier, qui était malade, qui allait se marier, qui avait besoin de quelque chose.

 Elle faisait l’accueille aux personnes âgées, chrétiens et musulmans, une fois par semaine.

 Nous avons mesuré la profondeur de ces relations quand pendant les moments difficiles elles devaient aller à l’aéroport pour partir en vacances, aucune des deux conduisait, et l’épicier du quartier, homme très fondamentaliste dans ces convictions religieuses, les a accompagnés. Ce geste aimable, disait beaucoup de leur présence avec les personnes de tout bord.
Nous lisons maintenant comment elles vivaient cet amour à Dieu, pas seulement nos sœurs, sinon elles et nos voisins.

 Nous voudrions souligner que Caridad était missionnaire, elle avec un fort souci des pauvres, l’identification de Jésus avec les plus pauvres était pour elle lieu de rencontre. Femme de sacrifice, nous savions ses douleurs de rhumatisme et ce qu’elle endurait, mais chaque matin elle était là souriante, pour recommencer la journée.
Saint Augustin nous dit que dans la communauté la perfection s’atteint quand « le commun passe avant le personnel. » Caridad arrivait à l’atteindre, au retour de vacances sa valise, s’ouvrait devant nous toutes et il y avait plein de choses pour la communauté et le juste nécessaire pour elle.

 Son sens d’appartenance à la congrégation était aussi une de ces vertus. Elle voyait dans les décisions des supérieurs la volonté de Dieu. Dans le discernement communautaire fait le 6 -7 octobre, elle disait « Je suis disponible et obéissante à la volonté de Dieu en moi, et a ceux que décident les supérieurs ».

 Elle avait un grand amour pour l’Eglise. Elle avait servi dans l’évêché de Constantine et donnait un coup de main aux sœurs qui étaient au service du Cardinal Duval, quand il fallait. Nous l’avons entendu parler toujours avec délicatesse et respect d’eux. Son sens d’appartenance à l’Eglise algérienne jusqu’à la fin l’a poussé à rester à côté du peuple et de ses pasteurs.

 Je voudrais dire pour finir, que son souvenir et très présent partout où elle est passé, Mostoles, Boiro en Espagne, ici à Bab el Oued, j’entends dire : « ils ont recours à elle dans leurs peines parce qu’elle est tout près de Dieu ».

 Sœur Esther, était gaie, elle s’amusait à jouer à faire des petits tours aux sœurs, et elle était de caractère plutôt réservé, non renfermé sur soi. Elle communiquait plus par les gestes que par les paroles.
Elle a assumé des responsabilités dans notre groupe des sœurs en Algérie, ce qui la mettait en contact avec les responsables de l’Eglise à l’époque. Elle les consultait souvent et c’est elle qu’invita Monseigneur Teissier à animer ce discernement qui a marqué pour nous les « Agustinas Misioneras » un avant et un après.

 Elle était arrivée en Algérie en 1975. Elle a commencé presque tout de suite à travailler dans l’hôpital de Blida au service de pédiatrie, avec les moyens du bord. Les soins des enfants étaient pris en charge par l’équipe d’infirmières, les parents étaient interdits d’entrer avec leurs enfants. Tout ce petit monde venait de zones rurales et c’est là qu’elle s’est donnée corps et âme, à tel point que beaucoup l’appelaient « notre ange ».

 Elle était très méticuleuse dans son travail, sachant que la vie des enfants dépendait de ça.
Elle se sentait responsable d’être la parole face aux injustices qu’elle voyait contre les plus petits, les enfants handicapés. Cette attitude lui a coûté de perdre des connaissances, des amis à l’hôpital. Mais elle ne se laissa pas faire et continua avec patience et insistance pour le bien être des enfants en poursuivant le traitement où en les accompagnant pendant la nuit, etc.…

 Comme responsable elle visitait tous les vendredis la communauté qui s’occupait du Cardinal Duval, cette visite finissait dans la basilique de Notre Dame, où à ses pieds elle déposait toute la douleur dont elle était témoin.
Elle aimait le peuple algérien, le dimanche précédent de leur assassinat, un enfant l’interpela en lui disant « va t’en rentre dans ton pays » à cela elle lui répond « je suis chez moi, celui-ci est mon pays ».

 Je suis témoin de son amour obstiné pour la vie. Devant les enfants qui mouraient, et devant lesquels nous perdions l’espoir, elle s’est entêté à en prendre soin, avec une grande tendresse et la certitude que c’était l’outil à travers lequel Dieu manifestait son amour pour la vie.

 Avec un regard humain sans Dieu on peut dire que sans doute qu’’Esther, aurait pu développer ailleurs tous ses talents et apporter beaucoup . Mais elle a vécu sa mission ici en Algérie avec gratuité et souvent dans le danger. Elle était heureuse, et le meilleur témoignage de sa vie donné, a été celui de son père, le jour de ces funérailles.
« Je remercie au peuple algérien parce que il a rendu heureuse à ma fille, quand elle rentrait pour ces vacances, elle était toujours joyeuse et elle avait hâte de rentrer en Algérie. Je pardonne aussi les assassins de ma fille parce que si je ne le faisais pas son nom serait souillé ».
Dans le discernement que nous avons fait, où nous avons décidé ensembles de rester ou de partir de l’Algérie, Esther s’exprimait ainsi :

 « Sans doute, pour moi, dans ces moments le modèle parfait est Jésus. Il a souffert, il dû vaincre la mort, les difficultés et il a fini avec l’échec de la croix, d’où jailli la source de la vie »

 Nous partageons la joie d’avoir deux bienheureuses dans notre famille « d’Agustinas Misioneras. » La joie de l’exemple de leur vie simple qui nous approche de la sainteté. Dans leur vie il n’y a pas des faits héroïques, sinon la fidélité de chaque jour.
Bienheureuses Caridad et Esther parlent à Dieu de nous, de notre Eglise. Amén.


Sr. Montse Miguelez