La Fraternité pour la Connaissance

Dialogue islamo-chrétien
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Le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé par le pape François au nom de l’Eglise catholique, et par shaykh Ahmed al-Tayyeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar, au cours du voyage du Pape aux Emirats Arabes Unis, est un événement sans précédent, sur le plan institutionnel, dans l’histoire des relations entre chrétiens et musulmans.

L’impression générale est qu’une nouvelle phase est en train de s’ouvrir, sous différents aspects, dans les relations entre nos deux religions. Cette phase semble s’orienter vers la reconnaissance de la légitimité et de la diversité providentielles des Révélations, des théologies, des religions, des langages et des communautés religieuses. Les diversités ne sont plus envisagées comme un appel à la conquête ou au prosélytisme, ou un prétexte pour une simple tolérance de façade, mais bien plutôt comme une opportunité pour exercer et mettre en pratique la fraternité qui est « une vocation contenue dans le plan de Dieu pour la création », tel que l’affirme le Document lui-même.1

« Dieu est à l’origine de la famille humaine unique », a déclaré le Pape à cette occasion, et par respect pour la pluralité religieuse, une « reconnaissance de l’autre » est nécessaire ; une reconnaissance qui n’est « ni une uniformité forcée ni un syncrétisme conciliant », mais qui se fonde sur le besoin de « purifier le cœur de l’égocentrisme », un avertissement face au risque de placer un groupe contre l’autre ou à la place de l’autre. Il est significatif que tout cela arrive exactement 800 ans après le voyage de saint François d’Assise en Egypte et sa rencontre avec le sultan ayyoubide al-Malik al-Kamil. Il est souhaitable que les événements de 1986 à Assise – la prière commune pour la Paix – et de 2019 à Abu Dhabi – la convergence autour de la valeur de la fraternité humaine – puissent être considérés comme les pierres angulaires incontournables en matière de dialogue interreligieux en général, et de dialogue islamo-chrétien en particulier.

Un verset important de la révélation coranique, qui guide les musulmans dans les relations entre les religions et entre les croyants, affirme :

 Et sur toi (Muhammad) Nous avons révélé le Livre avec la vérité, pour confirmer les écritures qui étaient avant lui et pour les protéger. Arbitre donc entre eux par ce qu’Allah t’a révélé, et ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est parvenue. A chacun de vous Nous avons assigné une Loi et une Voie à suivre. Si Allah l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Rivalisez entre vous dans les bonnes actions. Vous retournez tous à Allah, et c’est alors qu’Il vous informera à propos de ce en quoi vous divergez2.

Ce verset coranique semble faire écho au contenu de la lettre adressée par le pape Grégoire VII en 1074 à l’Emir hammadite an-Nasir, qui régnait sur Bejaïa, située aujourd’hui en Algérie.

 Car le Dieu tout-puissant qui veut sauver tous les hommes et n’en perdre aucun, n’apprécie en nous rien tant que l’amour du prochain après l’amour de lui et le soin de ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qui nous soit fait. Cette charité, à l’évidence, vous et nous, nous nous la devons plus expressément qu’aux autres nations, puisque nous reconnaissons et confessons, de façon il est vrai différente, le Dieu unique, que chaque jour nous louons et vénérons comme Créateur des siècles et Maître de ce monde.

(...)


1 Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune.
2 Coran, V : 48.

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