Islam et non violence

Dialogue islamo-chrétien
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Islam
Jawdat Said: l’Islam de la non-violence
29/05/2019 | Viviana Schiavo

Source  : OASIS

Pour l’intellectuel syrien, l’Abel coranique qui refuse de « porter la main » sur son frère Caïn est le fondement d’une théologie musulmane de la non-violence

Dernière mise à jour: 29/05/2019 14:50:02

Violence et religion. Ces dernières années, cette combinaison fait l’objet d’une attention croissante. Dans les journaux, à la télévision, dans les débats publics et les cercles académiques, on s’interroge davantage sur le lien entre l’appartenance religieuse et le climat de terreur et de méfiance réciproque qui s’est répandu mondialement. L’Islam est devenu l’objet principal de ces réflexions, surtout après les attentats de 2001. En revanche, on a très peu parlé de l’autre côté de la médaille, c’est-à-dire la non-violence dans l’Islam. C’est pourtant un sujet réel qui pourrait contribuer à animer un débat qui tend à être unilatéral. Le pape François lui-même, à l’occasion de la 50e Journée mondiale pour la Paix, a rappelé le rôle joué par le musulman Abdul Ghaffar Khan et son action non violente pour la libération de l’Inde. En outre, les rares études existant sur le rapport entre l’Islam et la non-violence impliquent principalement des acteurs asiatiques, alors qu’on trouve très peu d’écrits sur le monde arabo-musulman.

 

Jawdat Said.jpgC’est précisément dans le contexte arabe que se forme l’expérience de Jawdat Said, intellectuel syrien contemporain, auteur d’une théorie sur la non-violence radicale basée sur l’exégèse coranique, la tradition islamique et la lecture des phénomènes historiques. Il s’agit d’un auteur presque inconnu en Europe et relativement peu connu dans le monde musulman, malgré l’importance de sa réflexion. Une importance liée à de nombreux facteurs. Le premier réside dans sa capacité à conjuguer, dans la pensée et l’action, une nouveauté interprétative avec un sens profond de l’appartenance à la propre religion et tradition, sans aucune diminution ni adaptation. La réflexion de Jawdat Said plonge ses racines dans les fondements de la religion islamique, surtout dans le Coran et la Sunna. Il ne veut pas lire l’Écriture dans une optique occidentale, mais plutôt élaborer une pensée théologico-sociale à la lumière d’une relecture spirituelle, historique et linguistique du texte sacré et du monde, la première œuvre de Dieu. À cheval entre tradition et renouveau, la double connotation de l’intellectuel syrien reflète les influences subies. Si c’est d’abord le modernisme islamique qui attire l’attention de Said à travers les idées de Jamâl al-Dîn al-Afghânî et de Muhammad ʻAbduh, il est ensuite fasciné par le réformisme critique de Mohammed Arkoun et Malek Bennabi, avec sa théorie de la « colonisabilité » des peuples[1]. C’est précisément cette double connotation qui lui vaudra les critiques des uns et des autres : si le réformisme le place dans les rangs des islamistes, ceux-ci le critiquent pour certaines de ses positions éloignées de la tradition.

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