La Croix: Égypte - l’institut Al-Azhar condamne le harcèlement sexuel

By La Croix

Dialogue islamo-chrétien
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Le haut lieu de l’islam sunnite basé au Caire a appelé, mercredi 28 août, à criminaliser le harcèlement des femmes égyptiennes. Une position qui vise à doter Al-Azhar d’un visage plus moderne.

Al-Azhar, la prestigieuse institution de l’islam sunnite basée en Égypte, a condamné,

mardi 28 août, les différentes formes de harcèlement sexuel, un fléau dans ce pays

qu’elle qualifie de « péché ». Cette déclaration affiche la volonté du cheikh Ahmed Al

Tayeb d’assouplir la politique de l’institution.

 

Dans son communiqué relayé par les réseaux sociaux, l’université dénonce des « actes

interdits et des comportements déviationnistes » tout en précisant que « l’habit ou le

comportement de la femme ne doit en aucun cas justifier un tel acte et constitue une

atteinte à sa dignité. » L’institution a aussi appelé les autorités du pays à agir.

Depuis, la révolte en janvier 2011 ayant conduit à la chute de l’ex président égyptien

Hosni Moubarak, la question du harcèlement est très présente dans les esprits des

Égyptiens. Selon l’étude de l’ONU publiée en 2017, quelque 60 % des femmes ont été

victimes de harcèlement en Égypte, où elles sont quotidiennement confrontées aux

remarques obscènes voire aux attouchements. Aussi, les trois quarts des hommes

attribuent-ils ces actes à la tenue vestimentaire de la femme.

 

 « Al-Azhar entend jouer un rôle social en Égypte »

« Ce n’est pas la première fois qu’Al-Azhar se positionne sur le sujet mais cette fois-ci

la condamnation est explicite », explique Baudoin Dupret, directeur de recherche au

CNRS avant de reprendre : « Avant, Al-Azhar estimait que la femme avait une part de

responsabilité. » À travers cette déclaration, l’institution millénaire, souvent réputée

conservatrice, souhaite se doter d’un visage plus moderniste. « Cela signifie aussi

qu’Al-Azhar entend jouer un rôle social en Égypte », continue-t-il.

 

Cependant, les positions officielles d’Al-Azhar ne représentent pas celles de tous ses

membres. Il y a beaucoup de tensions parmi les cheikhs sur la ligne politique à adopter

et le degré de progressisme acceptable. « Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi

pousse pour réformer l’institution et le grand imam doit nécessairement être en

phase avec les positions du chef de l’État », continue Baudoin Dupret avant d’ajouter :

« Une divergence de fond avec le président égyptien aboutirait à une crise et à la

démission du cheikh d’Al-Azhar. Les autres cheikhs, eux, ne doivent rien au chef de

l’État, ce qui explique ces oppositions. »

 

 Le 28 décembre 2014, le président égyptien avait appelé l’institution à « révolutionner

l’islam », en réaction à l’attentat du 24 novembre 2014 contre des fidèles en train de

faire leur prière. Les principales critiques accusaient l’institution de n’avoir pas rejoint

la guerre idéologique contre le terrorisme menée par le chef de l’État et de ne pas

promouvoir un renouveau du discours religieux en Égypte.

 

Mais si Al-Azhar souhaite donner l’image d’une institution plus progressiste, il n’en va

pas de même pour ses discours concernant la politique étrangère. Al-Azhar avait

condamné en août 2017 la décision du président tunisien autorisant le partage à parts

égales de l’héritage entre homme et femme. « Souvent, ces condamnations

accompagnent une politique gouvernementale elle-même critique envers ce pays

étranger. L’institution Al-Azhar sert alors de caisse de résonance de la politique du

gouvernement, estime Baudoin Dupret. Dans ce cas-là, les relations tuniso-égyptiennes

devaient déjà être un peu tendues. »

 Audrey Parmentier
Source La Croix 29/08/2018

https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Egypte-linstitut-Al-Azhar-condamne-harcelement-sexuel-2018-08-29-1200964786