Vendredi de Pentecôte

Dialogue islamo-chrétien
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« La Libye n’est pas un chapitre clos pour l’Église, nous vivons un moment difficile avec tout le pays », nous dit l’évêque de Tripoli, George Bugeja

C’est vendredi à Tripoli. Et pourtant, dans l’église Saint-François, dans le quartier central de Dahra qui s’est vidé pour la journée de prière et de repos islamique, on célèbre la Pentecôte avec deux jours d’avance. Les fidèles, pour la plupart africains et philippins, ne peuvent pas être présents le dimanche, jour de travail, nous explique S.E. Mons. George Bugeja, un franciscain maltais de Gozo et depuis moins d’un an Vicaire apostolique coadjuteur : en somme, l’évêque faisant fonction dans un territoire difficile pour l’Église catholique. Le pays est rongé par les affrontements entre les milices et les forces armées qui soutiennent deux gouvernements différents et rivaux, un à Tripoli et l’autre à Tobrouk. Le vide de pouvoir est utilisé par l’État islamique, et le vide institutionnel gonfle le nombre de migrants qui partent de ses côtes vers l’Europe. Beaucoup passent aussi par la paroisse de S.E. Bugeja. Vendredi matin, c’est aussi une journée de confirmations. Dans la grande église à l’architecture fasciste, on a l’impression d’être dans un état du sud des États-Unis plutôt que dans une petite ville d’Afrique du Nord en proie à la guerre. Des jeunes de couleur sont là pour accueillir les fidèles. Ils portent une écharpe avec la parole "usher", en anglais, huissier. Le chœur entonne un gospel. Les fidèles sont des travailleurs africains, en provenance de plusieurs pays. Dans la cour intérieure, les Nigérianes ont dressé des tables où elles vendent des tissus colorés, des épices, du poisson séché ; dans une petite salle, un autre groupe célèbre des fiançailles sur les notes d’un petit orgue. La Libye n’est pas un chapitre clos pour l’Église, nous vivons un moment difficile avec le reste du pays, explique à Oasis l’évêque Bugeja, en ce "vendredi de Pentecôte".

« La Libye n’est pas un chapitre clos pour l’Église, nous vivons un moment difficile avec tout le pays », nous dit l’évêque de Tripoli, George Bugeja
C’est vendredi à Tripoli. Et pourtant, dans l’église Saint-François, dans le quartier central de Dahra qui s’est vidé pour la journée de prière et de repos islamique, on célèbre la Pentecôte avec deux jours d’avance. Les fidèles, pour la plupart africains et philippins, ne peuvent pas être présents le dimanche, jour de travail, nous explique S.E. Mons. George Bugeja, un franciscain maltais de Gozo et depuis moins d’un an Vicaire apostolique coadjuteur : en somme, l’évêque faisant fonction dans un territoire difficile pour l’Église catholique. Le pays est rongé par les affrontements entre les milices et les forces armées qui soutiennent deux gouvernements différents et rivaux, un à Tripoli et l’autre à Tobrouk. Le vide de pouvoir est utilisé par l’État islamique, et le vide institutionnel gonfle le nombre de migrants qui partent de ses côtes vers l’Europe. Beaucoup passent aussi par la paroisse de S.E. Bugeja. Vendredi matin, c’est aussi une journée de confirmations. Dans la grande église à l’architecture fasciste, on a l’impression d’être dans un état du sud des États-Unis plutôt que dans une petite ville d’Afrique du Nord en proie à la guerre. Des jeunes de couleur sont là pour accueillir les fidèles. Ils portent une écharpe avec la parole "usher", en anglais, huissier. Le chœur entonne un gospel. Les fidèles sont des travailleurs africains, en provenance de plusieurs pays. Dans la cour intérieure, les Nigérianes ont dressé des tables où elles vendent des tissus colorés, des épices, du poisson séché ; dans une petite salle, un autre groupe célèbre des fiançailles sur les notes d’un petit orgue. La Libye n’est pas un chapitre clos pour l’Église, nous vivons un moment difficile avec le reste du pays, explique à Oasis l’évêque Bugeja, en ce "vendredi de Pentecôte".

Qui sont les chrétiens en Libye ?



Comme catholiques, il y a des Philippins et des Africains de plusieurs pays : Nigéria, Ghana, Sierra Leone... d’autres viennent de nations francophones. La messe de ce matin était en anglais et il y avait les Africains. Plus tôt, à 9 heures, les Philippins sont venus. Ce sont pour la plupart des infirmiers qui travaillent dans les cliniques et les hôpitaux privés. La messe est célébrée le vendredi : c’est un compromis pour permettre à ceux qui travaillent de participer. Habituellement, il y a environ 400 personnes. Toute la communauté philippine compte 3000 personnes, mais beaucoup sont en train de partir avec des programmes de rapatriement. C’est le cas des Philippins. Il n’y a pas de Libyens catholiques.

Quel est votre rapport avec les institutions locales religieuses et politiques ?



Étant donné la situation actuelle du pays, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir des contacts avec ces institutions. L’invitation devrait arriver de leur part.

Y a-t-il d’autres églises à Tripoli ?



La mosquée de la place d’Algérie – place centrale de la capitale libyenne, ndr – était la cathédrale jusqu’à l’arrivée de Mouammar Khadafi. L’église Sainte-Marie des Anges, construite par les Italiens dans la vieille ville, est gérée par les anglicans. Deux ans avant la chute de Khadafi, le gouvernement libyen nous l’avait proposée. C’est une belle église, avec des symboles franciscains. L’évêque Giovanni Martinelli l’a ensuite donnée aux anglicans qui n’avaient pas de lieu de culte. Avant Khadafi, il y avait 39 églises à Tripoli. L’ex-président les a toutes fermées, excepté celle où nous nous trouvons.

Êtes-vous inquiet pour la sécurité de la communauté ?



La question de la sécurité est très délicate. Nous avons une communauté de chrétiens à Sebha – ville du sud de la Libye, ndr – composée d’Africains. Là-bas, il y a un frère laïc qui nous aide et des catéchistes vivent aux alentours de la ville. Mais nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie : il y a deux ans, dans la ville ils ont tiré sur un prêtre qui était allé là, et on a volé la voiture d’un autre en plein milieu du désert.

Parmi les fidèles africains, il y en a aussi qui sont de passage et essayent de rejoindre l’Europe ?



Nous, nous n’encourageons pas à courir le risque de traverser la Méditerranée. On ne peut encourager personne à risquer sa vie. Lorsque nous découvrons que quelqu’un a l’intention de partir, nous essayons de le dissuader. Nous essayons d’aider ceux qui sont arrivés avec Caritas Libye, un médecin vient régulièrement chez nous, et il y a des infirmières.

Dans le pays y a-t-il d’autres prêtres, des instituts religieux ?



En février dernier, on m’a confié aussi le vicariat apostolique de Bengasi, mais je ne peux pas encore faire la navette entre les deux villes pour des raisons de sécurité. Il y a une église à Bengasi dans le quartier de Suq al-Hut, qui se trouve dans une zone de combat, et on m’a dit qu’il y a peu, l’État islamique était encore là. Il y a un prêtre dans la zone mais pour le moment il n’est pas en ville. Dans les autres villes, il n’y a pas d’églises.

Quels sont selon vous les responsabilités principales de votre mission en Libye ?



Pour l’instant, m’occuper du point de vue pastoral des personnes qui viennent ici, les encourager selon ce qui est possible, vivre la Parole, être cordial, pardonner et aimer. Pour moi, c’est important, parce que de notre côté, ce n’est pas ce que l’on fait qui compte, mais comment on le fait.

Pensez-vous qu’il s’agisse d’une mission de résistance ?



Je ne pense pas que la Libye soit un chapitre clos pour l’Église, même s’il y a des difficultés, davantage à Bengasi qu’à Tripoli. Avant la révolution, quand les ambassades étaient ouvertes, l’Église était plus active, avec la participation des résidents non libyens. En perspective, dans le futur, le retour de la stabilité conduira à la réouverture des ambassades, à de nouveaux contrats pour les travailleurs qui auront aussi besoin d’un guide spirituel. C’est un moment particulier que nous vivons avec le reste du pays.