Chrétiens et musulmans : « Sortons de la peur et de l’ignorance grâce à Marie »

Dialogue islamo-chrétien
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Une table-ronde islamo-chrétienne est organisée ce samedi 28 mai à la Grande Mosquée de Paris. Mgr Bruno Lefèvre-Pontalis, vicaire général de l'archidiocèse, accueillera les participants. Ensemble avec Marie réunit des chrétiens et des musulmans, autour de la figure commune de la Vierge Marie.
Après le succès des rassemblement ayant eu lieu cette année à Créteil, Lyon et Bruxelles, une rencontre aura lieu le samedi 28 mai à la Grande Mosquée de Paris. C’est la première fois qu’une telle rencontre se tiendra dans un lieu de culte musulman. Les participants seront accueillis, entre autres, par Mgr Bruno Lefèvre-Pontalis, vicaire général de l’archidiocèse de Paris, en charge des relations avec l’islam.

Aleteia : Monseigneur, quel message souhaitez-vous faire passer samedi ?

Mgr Bruno Lefèvre-Pontalis : Le but des rencontres Ensemble avec Marie qui ont déjà eu lieu deux fois à Longpont est vraiment de promouvoir entre chrétiens et musulmans un meilleur « vivre-ensemble » autour de la figure de la Vierge Marie. C’est une collaboration, une découverte, une prière autour de la Sainte Vierge, vue non seulement comme un point commun entre les deux traditions mais qui peut aussi être un pont. Même si elle n’est pas située de la même manière dans la Bible et le Coran, ce dernier en parle.

Quels sont les points de rapprochement possibles ?

Les organisateurs de ces rencontres mettent en parallèle les deux récits de l’Annonciation, entre le Coran et l’Évangile de saint Luc. Il est vrai que Marie est Mère de Jésus et Vierge dans les deux textes. Certaines personnes un peu critiques avancent que ce n’est pas du tout la Marie de l’Évangile, mais le Coran est compliqué...

Par les temps qui courent n’est-il pas plus important de mettre en avant ce qui rapproche davantage que ce qui divise ?

De fait, dans certains pays musulmans – je pense à Éphèse, en Turquie, au Liban ou en Afrique –, ou même en France, des sanctuaires mariaux tenus par les chrétiens sont des lieux de pèlerinage également pour les musulmans. Ils viennent de manière étonnante et je pense, sans être un exégète pointilleux, que Marie peut permettre de faire une démarche commune. Les musulmans disent la Vierge Marie et c’est intéressant. Elle est certainement un modèle de foi et un pont qui favorise le dialogue, les connaissances... et même la prière ! C’est incroyable que les musulmans acceptent de prier Marie, de passer par elle. Nous catholiques d’ailleurs ne prions pas Marie : nous lui demandons de prier pour nous. C’est ce modèle de foi, de prière, vecteur de dialogue que nous mettons en avant. Nous sommes dans une période où la cohésion sociale est difficile et il faut utiliser tous les chemins de dialogue et de connaissance mutuelle, de rencontre de l’autre en vérité pour dépasser les peurs et les ignorances. Et Marie est un point commun privilégié.

Quel regard le diocèse de Paris porte-t-il sur ces rassemblements ?

Je veux montrer par ma présence que le cardinal-archevêque soutient cette action. Le cardinal Vingt-Trois connaît les dirigeants et responsables musulmans mais ces relations restent compliquées. Un délégué épiscopal le représente, le père Nicolas Bremond d’Ars, qui participera d’ailleurs à cette table ronde. Ces rassemblements sont de petites gouttes d’eau, nous avançons millimètre par millimètre. Mais c’est une petite passerelle importante.

Quels sont les objectifs de ces rencontres ?

Favoriser la connaissance mutuelle, le dialogue et la prière, et s’appuyer sur quelque chose que l’on a en commun. Ces événements sont plus gratuits que ce que l’on pourrait penser. Le but n’est pas de construire quelque chose en vue d’un éventuel rassemblement mais de créer un dialogue et de faire tomber les craintes. Nous pouvons ainsi montrer davantage ce qui peut rassembler, dans la ligne de Jean Paul II – repris par Benoît XVI puis par le pape François –, que ce qui divise, sans renier les énormes différences.

Sont-elles si énormes et insurmontables que cela ? On voit que dans certains pays, tel le Liban, chrétiens et musulmans parviennent à s’entendre relativement bien sans se soucier de ces différences théologiques qui les dépassent.

Oui, elles les dépassent. Allah veut dire Dieu en arabe mais la conception de Dieu dans l’islam n’est pas tout à fait la même que nous. Dieu ne s’est pas fait homme pour les musulmans et cela change beaucoup de choses. Mais pour eux Jésus est le Messie dans le sens où « messie » veut dire « consacré », « l’Oint » de Dieu. Jésus est choisi par Dieu pour eux comme pour nous, mais pour l’islam Il n’est qu’un prophète, le dernier avant Mahomet. Le danger est que l’on mette derrière les mêmes mots des réalités différentes. Partons d’abord de ce qui est commun et sortons de la peur et de l’ignorance. Il est d’ailleurs souvent plus facile de parler avec un musulman ouvert, religieux et croyant qu’avec un athée.

Peut-on prier entre chrétiens et musulmans ?

Ces rencontres sont très originales ! La première fois que j’en ai entendu parler, je me demandais comment cela était possible... On ne peut malheureusement pas aller théologiquement très loin. Mais ce qui nous rassemble est toujours positif. À Assise avec Jean Paul II et Benoît XVI, les croyants ne priaient pas ensemble. Ils priaient au même moment mais il n’y avait pas de prière commune. À Longpont, il y avait une prière commune à Marie à la fin. Ce samedi 28 mai, ce ne sera cependant pas une prière mais une table ronde.

Que peut apporter le Liban à la France sur le dialogue islamo-chrétien ?

Le Liban est un témoignage fort ! Aujourd’hui, malgré les tensions, le dialogue existe toujours. Ce pays est un témoignage de coexistence pacifique depuis des siècles malgré tout et cette démarche de faire du 25 mars une fête nationale est pour nous tous un très bel exemple. Ils savent ce qu’ils font là bas. De nombreuses familles musulmanes dont les enfants ont été éduqués dans des écoles religieuses catholiques connaissent et respectent l’Église. En France, rendre la fête de l’Annonciation journée nationale fériée et chômée en France est impossible mais pourquoi pas nous inspirer du Liban dans la mesure du possible.

Quelles relations le diocèse de Paris entretient-il avec les autorités musulmanes d’Île-de-France ?

Depuis deux ans, le père Nicolas Bremond d’Ars a repris les dossiers avec cette mission d’avoir des contacts avec les responsables musulmans de Paris. Mais il est difficile d’avoir des contacts avec les responsables musulmans. Nous nous connaissons de vue, nous participons aux rencontres interreligieuses, bien souvent à l’initiative de paroisses. L’islam est très morcelé en France. Le dialogue est compliqué car il n’y a pas un mais des représentants.

Mais y croyez-vous quand même ?

Je crois au dialogue. J’y crois parce qu’il est incontournable. Dieu Lui-même est dialogue. On ne peut pas ne pas dialoguer. Le Pape rappelait dernièrement que la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. L’actualité de ces dernières années rend les choses plus difficiles mais ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras. Sans présager de la politique des années à venir, les musulmans seront toujours en France. On ne peut pas ne pas favoriser des points de connaissance mutuelle, de dialogue et de respect.