Le grand entretien (1/2). Père Ludovic Frère : « La tendresse est la suprême maturité humaine »

Dialogue islamo-chrétien
Typography
En 2016, année de la miséricorde, le père Frère invite à vivre la révolution de la tendresse du Christ. - Camille Tronc - 9 février 2016

Le père Ludovic Frère est recteur du sanctuaire de Notre-Dame de Laus et vicaire général du diocèse de Gap et d’Embrun. Dans un livre allègre et réjouissant, La tendresse de Dieu, il rappelle la manifestation du Christ aux hommes : par la tendresse, qui est une façon pleine de respect d’offrir son amour.

Aleteia : La tendresse est un besoin fondamental de l’homme. En même temps recevoir cet amour peut effrayer. Pensez-vous qu’il y ait une tendance humaine à rejeter la tendresse ?

Père Ludovic Frère : Oui car, comme dans beaucoup de domaines relationnels, la juste mesure est quelque chose de difficile. On voit bien que la tendresse peut être agressive si elle est mal donnée. De même pour la tendresse reçue : il faut autoriser l’autre à être tendre envers nous. Il faut un acte de consentement de la part de celui qui la reçoit. C’est quelque chose d’important dans la vie de prêtre : la juste place et la juste mesure de la tendresse. Elle doit être adaptée pour respecter la personne et la nature de la relation.

En 2016, année de la miséricorde, le père Frère invite à vivre la révolution de la tendresse du Christ. - Camille Tronc - 9 février 2016

Le père Ludovic Frère est recteur du sanctuaire de Notre-Dame de Laus et vicaire général du diocèse de Gap et d’Embrun. Dans un livre allègre et réjouissant, La tendresse de Dieu, il rappelle la manifestation du Christ aux hommes : par la tendresse, qui est une façon pleine de respect d’offrir son amour.
Aleteia : La tendresse est un besoin fondamental de l’homme. En même temps recevoir cet amour peut effrayer. Pensez-vous qu’il y ait une tendance humaine à rejeter la tendresse ?

Père Ludovic Frère : Oui car, comme dans beaucoup de domaines relationnels, la juste mesure est quelque chose de difficile. On voit bien que la tendresse peut être agressive si elle est mal donnée. De même pour la tendresse reçue : il faut autoriser l’autre à être tendre envers nous. Il faut un acte de consentement de la part de celui qui la reçoit. C’est quelque chose d’important dans la vie de prêtre : la juste place et la juste mesure de la tendresse. Elle doit être adaptée pour respecter la personne et la nature de la relation.

Vous dites que dans nos sociétés, pourtant chrétiennes, la tendresse est bien souvent perçue comme une faiblesse. Comment cela se fait-il ?



J’avais cru faire le constat que la tendresse était perçue comme un peu guimauve, avec l’idée que le comportement de tendresse va bien pour les enfants mais qu’il y a un âge où l’on passe à autre chose. Et c’est cela qu’il faut renverser : montrer que la tendresse est au contraire la suprême maturité humaine et non pas un degré que l’on dépasse en grandissant.

Mais finalement, j’ai le sentiment que quelque chose est en train de changer et aujourd’hui je pense que je dirais les choses différemment de ce que j’ai écrit dans mon livre. Le 27 novembre, jour d’hommage après les attentats, deux chansons m’ont marqué : Quand on a que l’amour de Jacques Brel et Perlimpinpin de Barbara, qui se termine par « vivre de dépossession, vivre de tendresse ». J’ai trouvé ce choix, dans un hommage national; très intéressant. Finalement que reste-t-il dans une situation de peur et de fragilité ? Il reste l’appel à la tendresse.

Acceptez ou refuser la tendresse de Dieu est un choix. Comment aider ceux qui rejette de se rendre ainsi à l’amour ?



C’est l’une des questions les plus difficiles. Comme confesseur, je rencontre beaucoup de personnes qui sont en attente de tendresse de la part d’un conjoint incapable d’entendre cette demande. C’est ce que j’ai le plus vu comme confesseur : beaucoup de gens passent à côté de la tendresse qui est pourtant à leur portée. Pour y remédier, on peut utiliser par exemple les langages de l’amour pour comprendre ce dont l’autre a besoin. Mais le mieux est d’abord de remonter aux origines de ce blocage dans la tendresse. Cela dépend des époques, mais pour la générations des plus de 60 ans, l’éducation est clairement marquée. Les plus jeunes sont peut-être moins « coincées » dans l’expression de leur tendresse.

Si vous deviez donner quelques conseils pour aider ceux qui ont du mal à recevoir la tendresse, quels seraient-ils ?



Ce qui manque toujours et en toute chose c’est le fait de s’écouter et de se comprendre. Il y a un blocage de l’ordre de la reconnaissance que l’on a des besoins et que ce n’est pas en les niant qu’on va vraiment y répondre. Cela se joue d’abord dans la capacité à s’entendre soi-même : beaucoup de personnes refusent d’être à l’écoute de ce qui les habite en profondeur, notamment des désirs. Mais les désirs ne sont pas mauvais puisqu’il n’y a aucun engagement responsable dessus. Je suis responsable de ce que j’en fais, pas du fait de les avoir.

Donc l’important est de comprendre mes besoins pour ensuite les exprimer à l’autre. Il y a des couples qui ne se parlent pas de ce qui les habite en profondeur, or il n’y a qu’en l’exprimant qu’on peut avancer, sans quoi l’autre va se bloquer dans ce qu’il n’arrive pas à faire parce qu’il ne comprend pas. Face à quelqu’un qui n’arrive pas à donner la tendresse il faut lui dire que cela nous blesse. C’est parce que j’aime mon conjoint que le manque qu’il y a chez lui me pèse à moi aussi.