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L’Algérie a offert un grand signe de fraternité au monde entier

Témoignages
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Invité par l’archevêque d’Alger, Mgr Paul Desfarges, et accompagnant le cardinal Angelo Becciu, envoyé du Pape, à l’occasion de la béatification des 19 martyrs d’Algérie, voici mon témoignage au retour de ce voyage sur la terre de mes ancêtres, en particulier concernant la journée historique du 8 décembre vécue à la nouvelle mosquée d’Oran et au sanctuaire marial de Santa Cruz.

Quand nous nous sommes posés sur le tarmac de l’aéroport de la capitale algérienne, mon cœur battait la chamade et des larmes coulaient discrètement sur mes joues. Né en Algérie au mois d’août 1962, ayant vécu mon enfance et mon adolescence dans ce pays d’Afrique du Nord, je n’étais pas revenu sur ma terre natale depuis la percée du Front islamique du salut aux élections locales, en juin 1990.
L’accueil chaleureux de Mgr Paul Desfarges, l’archevêque d’Alger, à la descente d’avion, puis les moments partagés dans le salon d’honneur avec le ministre des affaires religieuses, Mohamed Aïssa, m’ont vite aidé à me sentir chez moi de nouveau. Nous avons en effet beaucoup de souvenirs communs avec le ministre qui est de ma génération, notamment Jean Bart, le village du bonheur, et ses rochers – « la girafe » et « l’éléphant » – d’où nous plongions, mais aussi les soins que nous prodiguait l’inoubliable sœur Catherine, l’infirmière d’Aïn Taya, tant aimée de la population…

Partis ensuite en convoi officiel, nous sommes passés devant la rue où j’habitais, à Hydra, et devant la clinique des orangers, où j’ai vu le jour, un mois après l’indépendance de l’Algérie. Inutile de dire qu’il ne m’a pas été possible de fermer l’œil la première nuit : cette visite était pour moi comme un rêve éveillé.
Le lendemain, nous prenions l’avion présidentiel pour Oran, avec la délégation romaine, le nonce apostolique et l’archevêque d’Alger. L’inauguration, le vendredi après-midi, de l’esplanade du « vivre ensemble en paix », au sanctuaire de Santa Cruz, fut d’autant plus émouvante que nous apprenions le rôle décisif de l’Algérie dans la décision de l’Assemblée générale des Nations Unies – la résolution 72/130 votée le 8 décembre 2017 – de dédier chaque année une journée, le 16 mai, à cet idéal de communion au-delà des différences, à travers l’exercice du pardon ( http://www.un.org/fr/events/livinginpeace/index.shtml ).

Les retrouvailles dans la cathédrale d’Oran, le soir, pendant la veillée, avec de nombreux amis présents pour la béatification, donnait à l’événement une dimension de rencontre familiale, révélant le vrai visage de l’Eglise tel qu’il est je crois dans le cœur de Dieu.
Nous avons écouté plusieurs témoignages poignants, comme celui de frère Jean-Pierre, le survivant de Tibhirine, et avons prié en compagnie des familles des martyrs, en présence aussi par exemple de la mère du jeune musulman algérien, Mohamed, assassiné avec Pierre Claverie, l’évêque d’Oran. Je garde en moi le moment de recueillement devant la tombe de mon ami Pierre, illuminée par des dizaines de lumignons, sûr qu’il intercède déjà pour qu’à sa suite nous ayons tous le courage de poser des gestes fraternels, simplement, là où nous vivons.

L’arrivée sous escorte militaire à la mosquée d’Oran, le samedi matin, puis la montée vers Santa Cruz, m’ont semblé des étapes très longues, comme si nous vivions ces instants au ralenti, comme si nous voulions les retenir intérieurement, conscients de leur caractère historique et de leur portée universelle.

« Nous croyons que cet événement inédit dans votre pays dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier », déclarait le Pape François dans son message lu à l’occasion la première béatification célébrée dans un pays musulman, souhaitant qu’elle « aide à panser les blessures du passé » et « crée une dynamique nouvelle de la rencontre et du vivre ensemble ».

Ce songe prophétique du Saint-Père est devenu réalité durant la fête mariale du 8 décembre, vécue à Oran aux côtés de nos frères musulmans, sous un exceptionnel soleil d’été, dans une ambiance amicale qui comble pour longtemps nos cœurs d’une joie imprenable.

Guidés avec une délicatesse extraordinaire par le ministre des affaires religieuses, Mohammed Aïssa, au nom du président Abdelaziz Bouteflika, nous avons beaucoup apprécié aussi les paroles de bienvenue du mufti Mostapha Jaber, dans la nouvelle mosquée-pôle Ibn Badis, au matin de cette journée « féérique », inaugurée avec les coups de feu joyeux de la fantasia.
Le burnous dont le cardinal Angelo Becciu a accepté d’être revêtu manifestait la bienveillance des musulmans d’Algérie à l’égard de l’Eglise catholique, plus que jamais reconnue et aimée dans ce pays ouvert qui garantit constitutionnellement la liberté de conscience et de culte.

Comme l’a souligné Mgr Jean-Paul Vesco, l’évêque d’Oran, cette étape matinale, qui était avant tout un hommage aux 114 imams assassinés durant la « décennie noire », faisait à nos yeux clairement partie intégrante de la célébration organisée l’après-midi en l’honneur des 19 religieux catholiques qui ont versé leur sang par amour du peuple algérien.
L’échange de l’envoyé du Pape avec l’épouse et la fille d’un imam assassiné nous ont bouleversés, tant il a illustré la réciproque compassion qui unit les croyants de nos deux religions sur un chemin déjà rayonnant de miséricorde, dans l’esprit de la « Réconciliation nationale » à l’œuvre en Algérie.
Les versets du Coran évoquant la Vierge Marie et son enfantement miraculeux, chantés par de jeunes croyants dans la mosquée, nous ont profondément touchés, comme la tablette reproduisant la sourate Maryam, écrite par des enfants, inestimable cadeau que nous avons reçu et rapporté précieusement à Rome pour le remettre bientôt au Saint-Père.

Montés ensuite ensemble au sanctuaire de Santa Cruz, nous avions mieux conscience encore d’être reçus là-haut par notre mère commune, désireuse d’unir tous ses enfants dans un manteau de lumière immaculée.
Nous étions plus d’un millier de personnes, chrétiens et musulmans au coude à coude, sur la petite esplanade du « vivre ensemble en paix », émus d’une façon indescriptible quand la bannière représentant les 19 martyrs béatifiés a été déroulée et que nous avons découvert les nombreux prénoms associés aux leurs – Mourad, Sakina, Tayeb, Farida… – commémorant toutes les victimes pour lesquelles nous venions d’observer une minute de silence.
Le geste spontané de Mgr Paul Desfarges, l’archevêque d’Alger, allant donner l’accolade en signe de paix aux imams présents, déclenchant applaudissements et youyous, est un autre moment fort de cette célébration qui, selon l’expression du ministre Aïssa, « tourne une page de l’histoire sans la déchirer ».

D’une seule âme nous avons écouté les paroles de l’envoyé du Pape, encourageant chacun à développer « la culture de la miséricorde » et la « pédagogie du pardon », à la suite des nouveaux bienheureux. « Par cette béatification nous voulons dire à l’Algérie seulement ceci : l’Eglise ne désire rien d’autre que servir le peuple algérien, témoignant de son amour envers tous », a résumé en quelques mots le cardinal, explicitant le sens de l’événement et confortant la communauté catholique locale dans sa vocation à « être lumière et signe de l’amour de Dieu pour la population tout entière ».

À la fin de la messe, nous rapprochant de la grande icône de la béatification déposée devant l’autel, nous avons pu contempler en silence, parmi les figures représentées, celle de Mohamed Bouchiki, le jeune algérien tué en même temps que l’évêque d’Oran, Pierre Claverie : un symbole fort du « grand signe de fraternité » dessiné dans le ciel algérien, dont nous avons eu la grâce d’être directement témoins.

De retour à Alger le soir même, toujours grâce à l’avion présidentiel, nous étions conduits le dimanche matin en voiture officielle à Notre-Dame d’Afrique, d’où j’ai prié pour mes ancêtres en regardant vers le cimetière de Saint-Eugène, puis au Palais du gouvernement – l’ancien Gouvernement général – et ensuite à Tibhirine, changeant plusieurs fois d’escorte, passant par le Ruisseau des singes, les gorges de la Chiffa, et traversant la ville de Médéa, bouillonnante de jeunesse et de foi.

J’ai retrouvé le monastère que j’avais connu jadis, ce portail que nous ouvrait frère Christian, ce dispensaire où frère Luc recevait les malades nuit et jour, et cette chapelle toute franciscaine où nous aimions prier auprès de la petite communauté des moines trappistes.
La visite de leurs cellules, le temps de silence sur leurs tombes fraîchement nettoyées, le couscous partagé avec la délégation dans le réfectoire communautaire, sont des instants d’une densité émotionnelle inexprimable, pleins d’une espérance invincible que nous avons maintenant le devoir de transmettre audacieusement.
Lors de la messe célébrée au monastère, les lectures du jour semblaient choisies exprès, comme ce passage du prophète Baruc qui mystérieusement rappelle la destinée des sept bienheureux martyrs de l’Atlas : « Tu les avais vu partir à pied, emmenés par leurs ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal »…

Nous sommes retournés à Rome dans une grande joie, comme l’envoyé spécial du Pape l’a confié publiquement avant le départ, certains que cette béatification promet des fruits abondants, et ouvre la possibilité d’un futur voyage du Pape sur la terre de saint Augustin.

François Wayne
Auteur de l'article

 Source : http://francois-vayne.com/tu-les-avais-vu-partir-a-pied-emmenes-par-leurs-ennemis-et-dieu-te-les-ramene-portes-en-triomphe-comme-sur-un-trone-royal-livre-du-prophete-baruc-5-1-9/