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Entretien avec Monseigneur Paul Desfarges, archevêque d’Alger : «Nous ne pouvions pas penser à nos martyrs sans penser à tous les martyrs d’Algérie»

Les Bienheureux
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19 religieux assassinés en Algérie dans les années 1990 : le Vatican reconnaît leur martyre en vue de leur béatification. Intervieuw de Mgr Paul Desfarges. Source @Reporters

Reporters : Le 1er septembre dernier, au Saint-Siège, le Pape François vous a reçu en audience afin d’entendre votre cause, béatifier 19 religieux et religieuses catholiques assassinés en Algérie dans les années 1990 par les groupes terroristes. Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, et le père Thomas Georgeon, postulateur en béatification auprès du Saint-Siège, étaient à vos côtés. Quel accueil le Saint-Père a-t-il accordé à votre requête et quel était son message ?

Monseigneur Paul Desfarges : Il faut savoir que le décret de béatification n’a pas encore été officiellement signé par le Saint-Père. C’est en cours. Nous pensons que nous allons vers une prochaine déclaration de cette béatification, disons, dans les mois qui viennent. J’ai accepté d’en parler car je crois qu’il est bon que, dans notre Eglise, nous nous préparions à cette grâce, à cet événement; et nous voulions justement en discuter avec le Saint-Père qui s’était montré très attentif à la cause de ces frères et de ces sœurs qui seront béatifiés, au premier rang desquels Monseigneur Pierre Claverie, qui a été assassiné à Oran. Le Saint-Père a été très attentif parce qu’il est sensible à la souffrance, d’abord, du peuple algérien. Nos dix-neuf frères et sœurs qui ont été assassinés l’ont été au milieu d’un peuple encore meurtri et dont les plaies ne sont pas encore tout à fait cicatrisées. Nous avons bien conscience que nos dix-neuf frères et sœurs martyrs ne sont qu’une toute petite goutte dans un océan de violence qui a vraiment meurtri l’Algérie pendant une dizaine d’années, et nous ne pouvions pas penser à nos martyrs sans penser à tous les martyrs d’Algérie; ceux et celles qui ont donné, eux aussi, leur vie, en fidélité à leur foi en Dieu et à leur conscience. Je pense en particulier, nous l’avons rappelé au Saint-Père, à cette centaine d’imams qui sont morts pour avoir refusé de signer ou de cautionner des fatwas justifiant la violence. Je pense aussi aux intellectuels, aux journalistes, aux écrivains... mais surtout à ces petites gens, des hommes, des femmes, des papas et des mamans qui refusaient d’obéir aux ordres des groupes armés. Nous avons alors voulu dire au Saint-Père que cette béatification, nous souhaitions que, lors de son annonce, elle soit une source de paix, de paix pour tous. Certes dans notre Eglise nous sommes dans la paix, nous sommes dans le pardon, mais nous souhaitons qu’elle soit aussi une grâce pour tout le peuple algérien. Qu’elle nous aide tous à avancer ensemble sur le chemin de la paix et de la réconciliation et, si la grâce est donnée, du pardon. Le Saint-Père a été très sensible à tout cela. Il nous a écoutés avec beaucoup d’attention et nous a dit combien était vraie la souffrance que le peuple algérien a endurée il y a vingt ans et a dit comprendre que les plaies ne soient pas encore refermées. Ainsi il nous a dit : «Soyez très délicats car il ne faut pas blesser; il faut que l’évocation de ce souvenir soit une occasion de se tourner vers l’avenir. Nous désirons le vivre ainsi».

C’est la deuxième fois, dans l’histoire contemporaine de l’église catholique algérienne, qu’un religieux est béatifié. La première fois, ce fut le frère Charles-Eugène de Foucauld, en 2005, par le Pape Benoît XVI. Seulement, cette fois-ci, la béatification, après être présentée à la signature du pape, aura lieu sur le sol algérien, plus précisément à Oran. Cette particularité relève-t-elle d’un vœu exprimé à escient et que représente-t-elle à vos yeux ?
Il est vrai, dans les récentes années, pour notre Eglise, la dernière béatification est celle du bienheureux Charles de Foucauld, mais il ne faut pas oublier que nous avons nos martyrs des premiers siècles du christianisme, les martyrs d’Hippone, de Madaure, de Lambèse. Ce fut aux premier et deuxième siècles. Certes, la cause de béatification n’est pas actuellement signée, mais si elle devait l’être, nous envisageons ou nous souhaiterions qu’elle puisse avoir lieu en Algérie, dans la paix et dans la fraternité avec tous. Si cela était possible et avec l’accord des autorités, nous souhaiterions que ce soit Oran. Pourquoi Oran précisément ? Parce que la cause de béatification s’appellera la Cause du martyr de Monseigneur Pierre Claverie et de ses dix-huit compagnons et compagnes martyrs. Et Monseigneur Pierre Claverie est justement mort à Oran, assassiné en même temps qu’un jeune Algérien, Mohamed, qui avait lui-même écrit dans un petit carnet qu’il acceptait de risquer sa vie en gardant des relations avec cet évêque, une relation d’amitié. Monseigneur Pierre Claverie avait dit lui-même que «rien que pour un jeune comme Mohamed, je suis prêt à rester». C’est là un beau signe que nos martyrs sont morts avec des frères et des sœurs au milieu d’un peuple meurtri, un peuple aussi de martyrs, d’hommes et de femmes qui ont perdu leur vie en voulant rester fidèles à Dieu et à leur conscience. Le sang de tous les martyrs est mêlé.

Comment, concrètement, va se passer la béatification. Le pape François est-il attendu à Oran ?
Rien n’est décidé ! Le Saint-Père est invité en Algérie depuis des années; moi-même je l’avais invité, avec mes frères évêques, au moment de la fin de la restauration de la basilique Saint-Augustin d’Hippone (Annaba), et il nous avait fait savoir que, malheureusement, il ne pouvait pas venir. Il avait alors délégué le cardinal Tauran comme envoyé spécial. Pour que le Saint-Père vienne en Algérie; il faut qu’il considère que ce soit opportun, mais, en général, cela se fait en concertation avec les autorités du pays hôte. Encore une fois, les portes sont ouvertes et, jusqu’à présent, aucune décision d’aucune sorte n’a été prise. En ce qui concerne la béatification à proprement dire, il s’agit d’une eucharistie, une messe au cours de laquelle le texte de la décision du Saint-Père de béatifier telle personne ou tel groupe de personnes est officiellement lu, puis la messe est célébrée. C’est un rite très simple. Mais il est important que je rappelle ce qu’est une béatification. Quelqu’un est déclaré bienheureux, avant, éventuellement, d’être déclaré saint, parce que c’est un homme ou une femme qui a eu une vie exemplaire. Ces hommes ou ces femmes bienheureux sont des exemples pour l’Eglise qui les reconnaît et les présente, à l’ensemble des chrétiens, à l’ensemble du peuple de Dieu et bien au-delà, comme des êtres dont la vie est particulièrement remarquable et qu’on peut suivre. Ce sont des personnes qui ont donné leur vie à Dieu et en même temps qu’elles la donnaient à Dieu, elles la donnaient aux autres. Nos frères et sœurs martyrs d’Algérie, les dix-neuf, ont donné leur vie à Dieu. Une vie donnée à Dieu qu’ils ont vécue dans ce mouvement de don d’eux-mêmes aux habitants de ce cher pays qui est le nôtre, qu’est l’Algérie. Ils avaient créé des liens de fraternité, de proximité et au moment de l’épreuve, ils ne se sont pas retirés. C’est aussi cela un martyr, celui qui, devant l’épreuve, devant la violence, ne se retire pas, mais offre sa vie. La victoire sur la violence ne peut se faire que par l’amour et le pardon.

Dans les deux actes pontificaux, l’un passé et l’autre à venir, il s’agissait de reconnaître la qualité de martyr à des hommes et femmes d’église. Qu’est-ce qu’un martyr pour l’église catholique, particulièrement d’Algérie, terre de martyrs justement ?
Le mot martyr veut dire témoin. C’est celui qui témoigne de sa foi en Dieu jusqu’au prix de sa vie, si cette vie est, à un moment donné, exposée et dérange certaines personnes, certaines forces du mal qui s’y opposent. Nos dix-neuf martyrs savaient qu’ils risquaient leur vie. Moi-même j’étais resté en Algérie à ce moment-là, et on nous avait tous posé la question de savoir si nous comptions rester dans le pays. J’avais même des amis, des voisins, - j’étais à Constantine à cette époque - qui me demandaient pourquoi je ne partais pas car ils craignaient pour moi, alors que d’autres me demandaient de rester à leurs côtés car cela leur donnait de l’espérance, de la confiance. Nos dix-neuf frères et sœurs ont tous choisi de rester car, comme ils disaient, «nous, nous pourrions partir, mais pas nos amis, nos voisins, nos proches, eux ils ne le peuvent pas et notre vie est pour eux, et est avec eux; donc nous restons»... Ils savaient qu’ils risquaient de perdre la vie. C’est cela le témoin. L’amour est plus fort que tout. Et nous n’allons pas renier l’amour même au prix de la vie.

Le frère Thomas Georgeon a collecté, de 2007 à 2013, quelque 7 000 pages qui constituent le procès diocésain qu’il a réalisé à Alger sur les 19 religieux et religieuses assassinés en Algérie ; parmi lesquels les 7 moines de Tibhirine. Que contiennent ces pages et comment ce travail a-t-il été mené ?
C’est tout un long travail qui se fait par quelqu’un appelé Postulateur de la cause. Il est choisi et reconnu par l’évêque du lieu. Pendant des années, il a entrepris de collecter des renseignements sur chacun de ces dix-neuf frères et sœurs; il a interrogé tous ceux, toutes celles, qui ont vécu avec eux ici en Algérie, ceux qui ont été proches d’eux, puis il a collecté toutes sortes de correspondances et tout ce qu’ils ont écrit. Il a interrogé également leur famille, leur famille religieuse, mais aussi leur famille de sang... C’est une compilation de tout ce qu’on peut connaître de ces personnes pour que, après, tout ceci soit examiné par ce qu’on appelle un dicastère, c’est un peu comme un ministère à Rome. Il rassemble tous ces renseignements et essaie de voir s’il est vrai que les dix-neuf frères et sœurs sont non seulement morts en fidélité à l’Evangile mais également de savoir quelle a été leur vie, s’assurer qu’elle a été exemplaire, savoir si ce qu’ils ont écrit continue d’inspirer et d’être inspirant aujourd’hui. Donc voilà, c’est un gros bouquin de milliers de pages que j’espère avoir un jour ici dans ce bureau. Nous savons que jusqu’à présent, à Rome, tous ceux qui ont lu et se sont penchés sur ces documents les ont toujours bien reçus et ont reconnu, de fait, que c’est exemplaire. Ce qui est important, encore une fois, comme je le disais au début, c’est que nous ne sommes pas tournés vers le passé, mais tournés vers l’avenir. Si nous accueillons ici la béatification, quand elle nous sera donnée, c’est pour que nous vivions aujourd’hui le même don de nos vies. Pour moi, qui suis Pasteur de cette Eglise, cette cause a beaucoup de sens parce qu’elle dit l’identité de ce que voudrait vivre notre Eglise en Algérie. Elle est là, car elle a donné sa vie à Dieu, mais aussi au peuple algérien au milieu duquel il lui est donné de vivre. Nous ne sommes là que pour aimer et servir. Nos frères et sœurs l’ont fait jusqu’au don de leur vie. Nous désirons, à leur suite, continuer à donner notre vie, en lien avec des hommes et des femmes, ici dans ce pays, dont, tous les jours, nous sommes témoins, et qui, eux aussi, savent donner leur vie pour faire vivre leurs enfants, pour que leur pays avance, pour entreprendre, pour aider des pauvres et des petits... C’est tout cela le sens de cette béatification.

Le mot de la fin...
Notre Eglise est là pour servir et aimer, et nous sommes heureux de nourrir cette vie de la vie des gens de notre peuple. Je suis témoin tous les jours d’hommes et de femmes, ici dans ce pays, qui, aussi, donnent leur vie. Par exemple, dans nos services Caritas, où nous sommes au service de gens pauvres et en difficulté, malades, nous avons beaucoup de partenaires algériens qui eux-mêmes participent à ce don de soi. Nous sommes au milieu d’un peuple généreux. Nous sommes témoins de beaucoup de générosité. Nous sommes aussi au milieu d’un peuple qui prie. Eh bien nous voulons être une Eglise servante, priante, au milieu d’un peuple priant et généreux.