Communautés catholiques en Algérie

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Le père Thomas Georgeon, postulateur de la cause des dix-neuf martyrs d'Algérie, et Christophe Henning, journaliste à Pélérin, sont les auteurs du livre « Nos vies sont déjà données » qui paraît ces jours. Le témoignage du père Gerorgeon dévoile la vie de ces religieux et religieuses et l'actualité de leur message tourné vers l'accueil et l'écoute de l'autre, et raconte comment l'enquête ecclésiastique et théologique progresse.

Lire la suite : Nos vies sont déjà données !

Notre Eglise est dans la joie. Le Pape François vient d’autoriser la signature du décret de béatification de "Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnes et compagnons". La grâce nous est donnée de pouvoir faire mémoire de nos dix-neuf frères et sœurs en qualité de martyrs, c’est-à-dire, (selon le sens du mot lui-même), de témoins du plus grand amour, celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Devant le danger d’une mort qui était omniprésent dans le pays, ils ont fait le choix, au risque de leur vie, de vivre jusqu’au bout les liens de fraternité et d’amitié qu’ils avaient tissés avec leurs frères et sœurs algériens par amour. Les liens de fraternité et d’amitié ont ainsi été plus forts que la peur de la mort.

Nos frères et sœurs n’accepteraient pas que nous les séparions de ceux et celles au milieu desquels ils ont donné leur vie. Ils sont les témoins d’une fraternité sans frontière, d’un amour qui ne fait pas de différence. C’est pourquoi, leur mort met en lumière le martyre de nombre de ceux et celles, algériens, musulmans, chercheurs de sens qui, artisans de paix, persécutés pour la justice, hommes et femmes au cœur droit, sont restés fidèles jusqu’à la mort durant cette décennie noire qui a ensanglanté l’Algérie.

Aussi notre pensée rassemble dans un même hommage tous nos frères et sœurs algériens, ils sont des milliers, qui n’ont pas craint eux non plus de risquer leur vie en fidélité à leur foi en Dieu, en leur pays, et en fidélité à leur conscience. Parmi eux nous faisons mémoire des 99 imams qui ont perdu la vie pour avoir refusé de justifier la violence. Nous pensons aux intellectuels, écrivains, journalistes, hommes de science ou d’art, membres des forces de l’ordre, mais aussi aux milliers de pères et mères de famille, humbles anonymes, qui ont refusé d’obéir aux ordres des groupes armés. Nombre d’enfants ont aussi perdu la vie emportés par la même violence.

Nous pouvons nous arrêter à la vie de chacun de nos dix-neuf frères et sœurs. Chacun est mort parce qu’il avait choisi, par grâce, de rester fidèle à ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain. Leur mort a révélé que leur vie était au service de tous : des pauvres, des femmes en difficultés, des handicapés, des jeunes, tous musulmans. Une idéologie meurtrière, défiguration de l’islam, ne supportait pas ces autres différents par la nationalité, par la foi. Les plus peinés, au moment de leur mort tragique, ont été leurs amis et voisins musulmans qui avaient honte que l’on utilise le nom de l’islam pour commettre de tels actes.

Mais nous ne sommes pas, aujourd’hui, tournés vers le passé. Ces béatifications sont une lumière pour notre présent et pour l’avenir. Elles disent que la haine n’est pas la juste réponse à la haine, qu’il n’y a pas de spirale inéluctable de la violence. Elles veulent être un pas vers le pardon et vers la paix pour tous les humains, à partir de l’Algérie mais au-delà des frontières de l’Algérie. Elles sont une parole prophétique pour notre monde, pour tous ceux qui croient et œuvrent pour le vivre ensemble. Et ils sont nombreux ici dans notre pays et partout dans le monde, de toute nationalité et de toute religion. C’est le sens profond de cette décision du Pape François. Plus que jamais, notre maison commune qu’est notre planète a besoin de la bonne et belle humanité de chacun.

Nos frères et sœurs sont enfin des modèles sur le chemin de la sainteté ordinaire. Ils sont les témoins qu’une vie simple mais toute donnée à Dieu et aux autres peut mener au plus haut de la vocation humaine. Nos frères et nos sœurs ne sont pas des héros. Ils ne sont pas morts pour une idée ou pour une cause. Ils étaient simplement membre d’une petite Eglise catholique en Algérie qui, bien que constituée majoritairement d’étrangers, et souvent considérée elle-même comme étrangère, a tiré les conséquences naturelles de son choix d’être pleinement de ce pays. Il était clair pour chacun de ses membres que quand on aime quelqu’un on ne l’abandonne pas au moment de l’épreuve. C’est le miracle quotidien de l’amitié et de la fraternité. Beaucoup d’entre nous les ont connus et ont vécu avec eux. Aujourd’hui leur vie appartient à tous. Ils nous accompagnent désormais comme pèlerins de l’amitié et de la fraternité universelle.

Alger, le 20 janvier 2018

+ Paul Desfarges, archevêque d’Alger
+ Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran
+ John MacWilliam, évêque de Laghouat
+ Jean-Marie Jehl, administrateur de Constantine

 

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Il est bien connu de tous ceux qui ont suivi le processus de béatification que notre congrégation des Petites Sœurs du Sacré-Cœur, de Charles de Foucauld, ne la souhaitait pas, mais nous avons toujours voulu rester solidaires du groupe des congrégations concernées.

Lire la suite : Odette Prevost, martyre de l'espérance

Anne-Bénédicte Hoffner publie ce samedi 27 janvier 2018 un article sur le site du quotidien français « La Croix » : Mgr Pierre Claverie et les moines de Tibhirine reconnus martyrs.

Avec l'accord de l'auteur nous publions cet article, qui donne quelques clés de lecture concernant le décret de béatification signé ce même jour par le pape François.

 

Parmi ces martyrs tués entre 1993 et 1996 figurent les sept moines de Tibhirine, enlevés et assassinés au printemps 1996, Mgr Pierre Claverie, ancien évêque d’Oran assassiné en août de la même année, mais aussi un frère mariste, Henri Vergès, quatre pères blancs, assassinés à Tizi Ouzou au lendemain de Noël 1994 et six religieuses de différentes congrégations présentes en Algérie (Notre-Dame des Apôtres, Augustines missionnaires, Petites sœurs du Sacré-cœur ou encore Petites sœurs de l’Assomption). À l’exception de l’évêque d’Oran, tous appartenaient au diocèse d’Alger, dont l’ancien archevêque, Mgr Henri Teissier est à l’origine de cette béatification exceptionnelle par sa rapidité.

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Frere Thomas Georgeon postulateur de la cause des 19 martyrs

Interview recueillie par Anne-Bénédicte Hoffner , publiée dans le journal « La Croix » le 30/01/2018

 

Moine trappiste, le frère Thomas Georgeon est, depuis 2013, le postulateur de la cause des 19 martyrs d’Algérie.

La rapidité avec laquelle l’Église a décidé de les béatifier, vingt ans après leur mort, montre selon lui l’importance de leur témoignage aujourd’hui : sa dimension spirituelle, mais aussi son impact sur le dialogue islamo-chrétien.

 

La Croix : Pourquoi l’Église catholique choisit-elle aujourd’hui de donner en modèle ces dix-neuf religieux et religieuses assassinés en Algérie entre 1994 et 1996 ?

Fr. Thomas Georgeon : En les déclarant bienheureux, l’Église reconnaît que chacun d’eux a été un témoin authentique de l’amour du Christ, vécu dans le dialogue, l’ouverture à l’autre et l’amitié spirituelle avec des musulmans. Ces 19 martyrs n’ont pas donné leur vie pour une cause, mais pour le Christ, pour témoigner que son amour va jusqu’à la mort.

Ils nous montrent qu’il est possible d’entrer en amitié avec l’autre, différent dans sa foi. À leur manière, tous ont montré un désir de comprendre ce que l’islam pouvait leur dire de leur propre foi, les aider à grandir, même, dans leur foi au Christ.

Enfin, cette béatification valorise leur fidélité à une Église qui a vu son mode de vie basculer après l’indépendance de l’Algérie en 1962, lorsque ses fidèles sont partis et qu’elle a choisi de rester par solidarité avec le peuple algérien.

L’Église d’Algérie présente volontiers ces martyrs comme une « icône » de sa vocation en Algérie : comment comprendre cette expression ?

Fr. Thomas Georgeon : La béatification de Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnons, assassinés après des années, parfois toute une vie, passée en Algérie, nous permet d’approfondir le sens d’une présence dans une société majoritairement musulmane. Elle nous montre qu’une coexistence fraternelle est possible, au-delà de la différence de religion, et que le communautarisme n’est jamais la voie de la paix.

Ces 19 nouveaux bienheureux ont déployé leur joie de vivre l’Évangile chacun à leur manière, et toujours en lien avec des Algériens : les frères de Tibhirine à travers leur exploitation agricole, les sœurs de Notre-Dame des Apôtres en enseignant la broderie aux femmes, le fr. Henri Vergès, mariste, et sœur Paul-Hélène, Petite sœur de l’Assomption, en tenant la bibliothèque de la Casbah à Alger... Ils ont donc vécu un dialogue interreligieux au quotidien, marqué par l’humilité, le goût de l’autre, et le respect de sa foi. « La foi de l’autre est un don de Dieu, certainement un mystère. Donc cela demande du respect », écrivait le fr. Christian de Chergé, le prieur du monastère de Tibhirine.

Cette béatification valorise aussi l’importance de la vie religieuse féminine, de son rôle dans les quartiers, au service de la vie des jeunes, des familles...

M ais cette Église d’Algérie est aussi très particulière, très marquée par l’histoire de ce pays, par la colonisation... En quoi son témoignage est-il utile ?

 

Fr. Thomas Georgeon : Sans doute son mode de présence - son enracinement au sein du peuple algérien - est-il spécifique. Mais la manière qu’ont ses membres d’entrer en dialogue et en amitié avec l’autre, elle, nous concerne tous ! Cette cause en béatification est signifiante pour tout ce qu’elle porte de fidélité, de persévérance, de don de soi... Ces 19 martyrs nous montrent une manière d’être témoins de l’Évangile, pas la seule, mais une manière possible.

 

Certains des frères de Tibhirine - et notamment leur prieur, Christian de Chergé - sont désormais connus, de même que Mgr Pierre Claverie, qui était l’évêque d’Oran. Mais il reste beaucoup à découvrir sur les autres ! Certains Algériens attendaient d’ailleurs que l’Église honore ces religieux et religieuses pour le service qu’ils ont rendu à la société algérienne. Nombreux sont ceux qui ont été à « l’école des Pères blancs », ou ont fait telle activité avec « les sœurs »...

 

 

La procédure a été extrêmement rapide. Est-ce le signe que le pape François juge ce témoignage particulièrement utile dans un contexte de tensions, à l’intérieur du monde musulman, et parfois entre musulmans et chrétiens ?

 

Fr. Thomas Georgeon : De fait, cela fait à peine plus de vingt ans qu’ils sont morts. La rapidité de ces béatifications montre leur importance ecclésiale pour aujourd’hui, dans leur dimension spirituelle, mais aussi pour leur impact possible sur la dynamique du dialogue islamo-chrétien.

 

Certes, cette proximité historique peut aussi accroître le risque d’incompréhension, dans l’Église comme ailleurs. Le pape a bien sûr le souci de ne pas blesser davantage les victimes de ces terribles années de violence en Algérie : il nous a bien dit que ces béatifications ne doivent pas conduire à ressasser un passé douloureux, dont les cicatrices sont encore ouvertes dans la société algérienne, mais plutôt à se tourner vers l’avenir.

 

L ’Église est dans une logique de pardon et de miséricorde, je crois qu'elle souhaite offrir cela à l'ensemble de l'Algérie : être celle qui peut aider à panser les blessures.

 

Il n’était pas question non plus que l’Église donne l’image d’une célébration de ses 19 martyrs indépendamment du contexte de l’époque, celui d’une violence qui a déchiré la société algérienne elle-même. À partir de 1994, les groupuscules qui avaient assassiné des imams, des intellectuels, des enseignants, etc, s’en sont pris aussi à l’Église, dans laquelle ils voyaient une présence à éliminer. C’est en ce sens que l’Église universelle reconnaît leur martyr « en haine de la foi ».

Ce martyr doit être compris au sens de « témoignage du plus grand amour ». Ce n’est pas un martyr « contre », mais un martyr « avec » les Algériens...

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